Energie hydrolienne en France : « La dynamique est lancée »

 

En France, les efforts pour décarboner la production électrique doivent s’appuyer sur plusieurs sources d’énergie, parmi lesquelles l’énergie hydrolienne, relativement neuve dans l’Hexagone, qui repose sur la régularité des courants marins. « Normandie Hydro » et « Nepthyd », deux projets pilotes portés respectivement par EDF et Engie, sont les premiers jalons d’une potentielle filière industrielle de l’hydrolien dans l’Hexagone.

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Le mois dernier, la Bretagne a accueilli la première ferme hydrolienne au monde. Molène, Ouessant et Sein, trois îles au large du Finistère qui ne sont pas raccordées au réseau électrique du continent, ont donné le coup d’envoi à un processus de transition énergétique sans précédent. A l’horizon 2030, ces trois îles visent un objectif de production de 100 % d’énergies renouvelables. De même, le projet actuellement en cours de réalisation « Normandie Hydro », développé par EDF et conçu par DCNS, est sans doute le premier d’une longue série d’initiatives visant à produire une énergie « verte » grâce à la captation du courant marin. Il prévoit l’installation de sept turbines sous-marines dans le Raz Blanchard, au large du Cotentin, à 3,5 km de Goury (Manche), à une trentaine de mètres de profondeur. Les travaux doivent démarrer en 2017 et les turbines doivent être opérationnelles dans les deux ans qui suivront. Ce projet permettra de franchir une étape décisive dans la création d’une nouvelle filière industrielle française.

La performance énergétique et économique des hydroliennes n’est plus à prouver. Selon la Commission européenne, le potentiel européen des énergies marines liées au courant et à la houle serait de 100 GW installés à l’horizon 2050 – de quoi satisfaire potentiellement les besoins électriques de 65 millions de foyers européens. Il faut noter que cette technologie offre l’avantage d’une production régulière, les turbines fonctionnant dans les deux sens de la marée. Leur rotation produit un courant électrique variable (dépendant du courant marin), ajusté par un convertisseur avant d’être conduit au réseau d’électricité terrestre. Le bilan de fonctionnement annuel à pleine puissance est de l’ordre de 4 000 à 5 000 heures, soit l’équivalent de 11 à 14 heures par jour. Cela représente 57 % d’activité, loin devant la moyenne de 30 à 35 % de l’éolien offshore. De plus, contrairement aux vents, les courants marins sont prévisibles à long terme – les marées fonctionnement de manière cyclique, avec des amplitudes connues et calculables selon la position de la lune. En outre, les hydroliennes sont sensiblement plus petites que les éoliennes, et ce pour une même puissance – du fait de la masse volumique de l’eau, environ 800 fois plus élevée que celle de l’air.

« Réduire les coûts »

L’ensemble de ces caractéristiques en font l’un des secteurs porteurs pour les énergies renouvelables dans leur globalité. Près d’une quarantaine de projets hydroliens sont actuellement en cours à travers quinze pays – dont le Japon, la Norvège, le Canada ou le Royaume-Uni. La France a décidé de surfer sur cette vague. Un appel d’offres est en passe d’être lancé en ce sens par le ministère de l’Environnement, afin de procéder à la construction des premières installations de grande envergure d’ici le début de la prochaine décennie (2021-2023). Chacun des deux projets, dont l’investissement est estimé entre 100 et 112 millions d’euros, recevra des subventions et aides remboursables dans le cadre du Plan d’Investissement d’Avenir.

La France aurait bien tort de se priver du secteur hyrolien. Avec 11 millions de km2 d’eaux sous sa juridiction en métropole et dans les outre-mer – soit le second domaine après les Etats-Unis – le pays dispose d’une multitude de sites où de telles installations pourraient être implantées. Un potentiel qui n’a pas échappé à EDF, qui multiplie les tests et les demandes d’implantation, notamment par le biais de sa filiale EDF Energies Nouvelles (EDF EN). « La France a eu un peu de retard à l’allumage, mais la dynamique est lancée », admettait Antoine Decout, responsables des filières énergies renouvelables en mer et hydroélectricité au Syndicat des énergies renouvelables. « L’enjeu est désormais de monter en puissance au niveau industriel, afin de réduire les coûts. » Propre et durable, l’hydrolien est en passe de trouver sa place dans le mix énergétique du pays. Il faut néanmoins rappeler que les projets actuels en sont encore à la phase préliminaire. « L’objectif est de valider les performances techniques et énergétiques de ces machines. Car pour parvenir à réduire les coûts et rendre l’énergie hydrolienne compétitive, il faut en premier lieu démontrer la fiabilité des projets dans la durée », explique Sylvain Gaignard, directeur des projets énergies marines chez EDF EN.

 

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