CHARGEMENT

Tapez votre recherche

Le secteur du bâtiment neuf au défi du chauffage bas carbone

Actualités RSE

Le secteur du bâtiment neuf au défi du chauffage bas carbone

La Rédaction
Partager
batiment chauffage bas carbone

Pour atteindre ses objectifs énergétiques, la France a encore beaucoup de progrès à réaliser en matière de chauffage. Chaudières biomasse, pompes à chaleur, réseaux de chaleur… La nouvelle règlementation RE2020 va-t-elle enfin faire la part belle aux solutions de chaleur renouvelables dans la construction neuve ?

Quasiment invariables depuis plusieurs années, les chiffres du secteur du bâtiment résonnent comme un constat d’échec pour la politique énergétique française. Douze ans après le Grenelle de l’environnement et quatre ans après la loi sur la transition énergétique, le secteur représente toujours plus de 42 % de l’énergie finale consommée en France et génère près d’un quart des émissions nationales de CO2 (23 %). Depuis 1990, ces émissions ont même augmenté de 15 %, selon l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Les besoins en chauffage occupent une place prépondérante dans ce bilan. Rien que pour se chauffer, chaque Français rejette ainsi en moyenne deux tonnes de CO2 par an dans l’atmosphère. Pourtant, les solutions pour diminuer la consommation et la pollution liées au chauffage des bâtiments sont multiples et connues de tous les acteurs du secteur. Dans ce marché très concurrentiel, elles le sont cependant moins des consommateurs, souvent familiers des systèmes conventionnels uniquement…

Des chaudières biomasse aux réseaux de chaleur

Parmi les alternatives au charbon, au gaz et au fioul, la chaudière biomasse est un mode de chauffage qui gagnerait ainsi à être connu du plus grand nombre. Il fonctionne sur le même principe que celui des appareils à combustion thermique, mais utilise le bois et ses sous-produits comme combustible. Les bûches, copeaux, pellets, granulés, mais aussi la sciure, l’écorce et les résidus organiques (paille, coques de fruits, etc.) sont autant de ressources naturelles disponibles en quantité quasiment inépuisable. Peu onéreux à l’achat, les différents produits du bois génèrent un faible taux d’émissions de CO2. Et contrairement aux poêles à bois, souvent utilisés comme équipement d’appoint, les chaudières biomasse peuvent servir de chauffage central pour un logement entier, y compris pour fournir l’eau chaude sanitaire. Disponibles en alimentation automatique (avec silo de stockage) ou manuelle, elles affichent un taux de rendement élevé, situé entre 75 % et 85 %. La chaleur créée par la combustion des matières organiques subit en effet très peu de déperdition en étant transmise via un fluide caloporteur, qui alimente l’ensemble du système de chauffage. Seul bémol : le montant de l’investissement. Le prix d’achat d’une chaudière biomasse va de 3 000 à 25 000 euros selon le rendement et la qualité de l’appareil, et le coût d’installation de 500 à 3 500 euros. Le choix d’un modèle de qualité, porteur de la norme NF EN 303.5 (classe 5) ou du label Flamme Verte, est d’autant plus recommandé que la dépense initiale peut être allégée par les différentes aides à la rénovation (crédit d’impôt, prime énergie, réduction de TVA, éco-PTZ). En moyenne, l’économie annuelle s’élèverait à 751 euros par an…

À l’image des chaudières biomasse, d’autres systèmes de chauffage plus performants permettent de réduire l’impact du bâtiment en termes de consommation énergétique et d’émissions de gaz à effet de serre. Les pompes à chaleur, qui récupèrent les calories de l’air ou de l’eau à l’extérieur pour chauffer ou refroidir l’intérieur d’un logement, en sont un autre exemple qui se décline sous plusieurs formes. Il existe aussi des solutions qui vont au-delà de l’échelle individuelle : les réseaux de chaleur. Ces systèmes de production et de distribution centralisées alimentent plusieurs bâtiments pour la fourniture du chauffage et de l’eau chaude sanitaire à l’échelle d’un quartier ou d’une ville. Constitués d’un réseau de canalisations empruntant le domaine public ou privé, ils permettent de mieux maîtriser les ressources et les nuisances (qualité de l’air, bruit, quantité de combustible stockée, etc.). L’efficacité énergétique des réseaux de chaleur est supérieure à celle des appareils individuels grâce, notamment, à la qualité industrielle des unités. Pour être rentable, la mise en place de ces réseaux est néanmoins réservée à des zones denses en population. Elle permet néanmoins de faire évoluer le bouquet énergétique d’un quartier ou d’une ville entière par le simple changement de l’appareil central et commun à tous. En France, environ 500 réseaux de chaleur maillent le territoire. Ils contribuent à près de 6 % de la production nationale de chaleur, soit de quoi chauffer un peu plus de 2 millions de logements. C’est beaucoup moins que les pays d’Europe du nord : au Danemark, en Estonie, en Pologne, en Finlande et en Suède, entre 50 % et 70 % des besoins en chauffage sont assurés de cette manière. En Islande, cette part s’élève même à 95 %. Mais le défi pour l’Hexagone est avant tout de transformer ses réseaux de chaleur. Actuellement, ils sont alimentés à 42 % par du gaz naturel. D’ici 2030, la loi sur la transition énergétique prévoit qu’ils distribuent cinq fois plus d’énergie d’origine renouvelable ou de récupération par rapport à 2012.

RE2020 : vers plus de chaleur renouvelable dans la construction neuve

Le développement des énergies renouvelables constitue un enjeu majeur dans le secteur de la construction neuve. Et en particulier pour les professionnels. Le choix du mode de chauffage revêt donc une importance capitale. Jusqu’à maintenant, la réglementation en vigueur (RT2012) favorisait les sources d’énergie fossiles, principalement le gaz. Mais les choses devraient changer avec l’instauration courant 2020 d’une nouvelle réglementation énergétique davantage centrée sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Dans le neuf, un logement chauffé à l’électricité émet par exemple quatre fois moins de CO2 que son équivalent chauffé au gaz. L’avenir est donc aux chaudières biomasse, aux pompes à chaleur, aux installations photovoltaïques et autres radiateurs intelligents. « Le secteur du bâtiment, qui n’accueille aujourd’hui que 16 % de chaleur de source renouvelable, constitue un enjeu majeur pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Compte tenu des objectifs que la France s’est fixés en matière de développement de chaleur renouvelable à l’horizon 2020 – 33 % de la consommation finale de chaleur – il est important d’aider encore davantage les particuliers à faire le choix des énergies renouvelables », déclarait Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), en 2018.

Pour y parvenir, les experts préconisent de formaliser dans la future RE2020 l’exigence carbone absente dans la RT2012 mais également un desserrement du coefficient de conversion de l’énergie secondaire de 2,58 à 2,1 et une obligation de recours à la chaleur renouvelable. Les solutions techniques existent déjà. Concernant le chauffage, elles équipent aujourd’hui de l’ordre de 50 % des maisons et 15 % des logements collectifs dans le neuf, d’après Bâti-Étude. Le respect d’une obligation de chaleur renouvelable est donc techniquement réaliste et réalisable à des conditions économiques acceptables mais nécessite une évolution des pratiques actuelles en logement collectif pour une adoption massive de ces solutions. Pour beaucoup, la RE2020 est donc l’occasion de concrétiser cette volonté en faisant de la construction neuve une vitrine de l’ambition climatique française pour le bâtiment. 

Tags:

Articles en relation