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Emballages : la face « gâchis » du e-commerce

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Emballages : la face « gâchis » du e-commerce

La Rédaction
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D’après une étude réalisée par l’entreprise DS Smith, 25 % des emballages servant au transport des marchandises achetées sur Internet seraient « vides ». Un gâchis autant économique qu’écologique.

La conscience verte qui se développe de plus en plus (chez les citoyens notamment) a trouvé, qui l’eût cru, dans le numérique l’un de ses grands chevaux de bataille. Contrairement à une idée (de moins en moins) reçue, le digital, qui signifie, certes, moins de pollution matérielle, est loin d’être exempt de tout reproche en matière environnementale.

Si l’on parle beaucoup des quantités astronomiques d’énergie qu’il convient d’avaler pour faire fonctionner tous nos appareils numériques, la question du e-commerce (ou commerce en ligne) passe davantage inaperçue. Pourtant, elle mérite elle aussi son lot de critiques « vertes ». Ne serait-ce qu’avec l’explosion des modes de livraison dits « express » – le désir d’immédiateté est l’un des syndromes de ce siècle –, le e-commerce participe joyeusement au dérèglement climatique, sans que les gens pourtant ne s’en émeuvent.

« Cartons standards »

Autre problématique, tout aussi inquiétante : celle des emballages plastique des marchandises. D’après une étude de l’entreprise d’emballage DS Smith, publiée en septembre dernier, 25 % des empaquetages servant au transport des biens seraient « vides » ; c’est-à-dire que les emballages plastique tels qu’ils sont réalisés aujourd’hui, selon l’analyse des données et d’échantillons représentatifs, entraînerait un gâchis d’espace de 25 % dans les conteneurs expédiés par bateau. Un non-sens ne représentant pas moins que l’équivalent de 61 millions de conteneurs par an.

Dans le e-commerce, ce « vide » inutile dépasserait même 60 % du volume des emballages pour certains produits, d’après l’étude. Un manque de rationalisation dû à l’utilisation d’emballages standardisés loin d’être bénin en matière économique et environnementale : 46 milliards de dollars pourraient ainsi être économisés chaque année dans le monde, calcule DS Smith, tandis que « les émissions annuelles de dioxyde de carbone liées au transport du vide dans les conteneurs acheminés des sites de fabrication jusqu’aux ports représentent environ 122 millions de tonnes ». L’équivalent des émissions de CO2 d’un pays comme la Belgique, indique l’étude.

« Face à l’afflux de commandes, avec des pics au moment des fêtes et des soldes, trop de commerçants travaillent avec un nombre limité de cartons standards qui, par définition, s’adaptent difficilement à tous les objets à livrer, » explique le site 60 millions de consommateurs, qui lutte notamment contre « l’absurdité » du vide dans les emballages. « La solution la plus rapide est alors de faire avec ce qu’il y a, et de combler le vide restant avec des coussins d’air, du papier ondulé ou du polystyrène ».

« Absurdité »

Preuve, toutefois, qu’une prise de conscience émerge petit à petit sur ce sujet, l‘association de consommateurs n’hésite pas à publier le témoignage de Français interpelés par le gâchis économique et écologique des emballages utilisés par le e-commerce. « Conception économique pour l’envoi de cette caisse pour chat, mais emballée dans 5 mètres de papier ! ‘‘Il n’y a pas d’autres moyens pour combler le vide que d’abattre un arbre ?’’ se demande Michael. » « Maxime avait commandé 12 bières, arrivées dans 11 cartons en… 3 jours consécutifs ! Ici, la première salve de colis »légende  60 millions  sous une photo représentant 4 cartons contenant chacun une bière.

L’ « absurdité » est, selon l’association, que non seulement des solutions existent, mais elles seraient bien plus intéressantes pour les expéditeurs que celles utilisées jusqu’à présent. La première d’entre elles, évidemment : adapter les emballages aux produits vendus. Ce qui nécessite de sortir de la culture standardisée qu’on adoptée les sites de e-commerce. Dans un numéro consacré au e-commerce, le magazine spécialisé L’Abécédaire des institutions propose ainsi de « créer un incubateur de start-up dédiées aux nouvelles solutions d’emballage […] économes en matériaux, biosourcé[e]s, réutilisables et recyclables ».

Autre proposition, moins sympathique pour les sites de e-commerce – mais plus efficace en cas de persistance du problème – : « Astreindre à une forte imposition les livraisons gratuites et illimitées […] qui polluent, encombrent les axes de circulation et dégradent la qualité de vie dans les villes ». Ces fameuses offres, servies aux acheteurs par des géants comme Amazon ou la Fnac afin de les fidéliser, n’en alourdissent pas moins le bilan carbone du secteur. Ce qui pourrait, selon L’Abécédaire des institutions, se retourner contre ces géants. « Pour le consommateur, les critères environnementaux sont de plus en plus déterminants dans le processus d’achat. Ainsi, bien que le prix reste un critère prioritaire, la recyclabilité des emballages influence l’achat pour un quart des consommateurs français ». Quand on sait que 505 millions de colis ont été envoyés en 2017, ces préoccupations paraissent plus que légitimes.

Au niveau politique, cette problématique reste toutefois largement ignorée. Car si le sujet de l’optimisation fiscale semble enfin aboutir à des propositions concrètes, la question écologique n’est pour l’instant pas prise en compte par nos politiques, qui ne devraient pas hésiter à se saisir du sujet. Alors que le bulldozer du e-commerce détruit sur son passage environnement, centres urbains, et petits commerces, une question, reste, dès lors, sur toutes les lèvres : combien de temps faudra-t-il à cette prise de conscience verte et citoyenne pour se muer en prise de conscience politique ?