CAC 40 : la remontée des taux longs au Japon et aux États-Unis fait planer un risque accru sur actions en bourse
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Les grands indices boursiers mondiaux, du CAC 40 au S&P 500 en passant par le Nasdaq, observent avec une attention croissante la tension sur les taux d’intérêt à long terme. Depuis plusieurs semaines, les rendements des obligations d’État progressent sensiblement au Japon et aux États-Unis, un mouvement qui tend à se diffuser à l’ensemble des marchés développés et qui pourrait peser sur la valorisation des actions.
Si la hausse des taux n’est pas en soi un phénomène inédit, son ampleur et sa rapidité interrogent les investisseurs dans un contexte géopolitique et budgétaire déjà très instable.
Une hausse simultanée des taux longs dans les grandes économies
Ces derniers jours, les rendements des obligations souveraines ont atteint des niveaux élevés dans plusieurs grandes zones économiques. Au Japon, les taux à très long terme ont fortement progressé, tout comme ceux des obligations américaines à dix ans.
Ce type de mouvement est loin d’être isolé. Les marchés obligataires mondiaux sont étroitement interconnectés. Lorsque les rendements augmentent fortement aux États-Unis ou au Japon, les investisseurs réajustent leurs portefeuilles entre obligations américaines, japonaises et européennes, ce qui tend à provoquer un effet de contagion sur les taux en zone euro.
Pour les marchés actions, ce phénomène est loin d’être neutre. Une hausse durable des rendements obligataires renforce l’attractivité relative des placements sans risque et modifie les arbitrages entre actions et obligations.
Deux moteurs derrière la hausse des taux
Pour comprendre la dynamique actuelle, les économistes distinguent généralement deux grandes composantes dans l’évolution des taux à long terme.
La première est liée aux anticipations économiques : perspectives de croissance, trajectoire de l’inflation et orientation future des politiques monétaires.
La seconde est la prime de terme, c’est-à-dire la rémunération supplémentaire exigée par les investisseurs pour prêter à long horizon, afin de compenser les risques de duration et d’incertitude. Cette prime, non directement observable, est très sensible aux facteurs budgétaires et politiques.
Ces deux composantes ont joué récemment un rôle dans la remontée des taux, aussi bien au Japon qu’aux États-Unis.
Le Japon sous l’effet du stimulus budgétaire et des tensions politiques
Au Japon, la perspective d’un plan de relance budgétaire porté par la Première ministre Sanae Takaichi alimente des anticipations de croissance plus favorables. Ce contexte est mécaniquement de nature à pousser les taux longs à la hausse.
Du côté de l’inflation, les prochaines données devraient montrer un ralentissement des prix à la consommation. En revanche, l’inflation sous-jacente resterait suffisamment élevée pour maintenir la perspective d’une poursuite du relèvement des taux directeurs par la Banque du Japon au cours de l’année.
Les marchés anticipent ainsi une normalisation monétaire progressive, après des décennies de politique ultra-accommodante.
À ces éléments économiques s’ajoute un facteur politique. L’annonce d’élections législatives anticipées début février entretient l’incertitude sur l’orientation future des finances publiques japonaises. Les investisseurs redoutent un creusement supplémentaire du déficit, ce qui contribue à faire monter la prime de terme exigée sur la dette de l’État japonais.
Aux États-Unis, la croissance et la crainte inflationniste ravivent les tensions
La situation américaine présente une configuration différente, mais conduit au même résultat sur les marchés obligataires.
Les derniers indicateurs macroéconomiques publiés aux États-Unis suggèrent une activité nettement plus dynamique que prévu. Les outils de suivi conjoncturel de la Réserve fédérale indiquent une croissance très élevée en fin d’année 2025, bien supérieure au rythme potentiel de l’économie américaine.
Dans le même temps, l’inflation reste au-dessus de l’objectif de 2 % de la Fed. Sans être jugées alarmantes, les dernières données n’ont pas permis de dissiper totalement les inquiétudes.
Surtout, les menaces récentes de nouvelles mesures protectionnistes, visant notamment l’Europe dans un contexte diplomatique tendu autour du Groenland, ravivent le risque de tensions inflationnistes. Les anticipations d’inflation mesurées sur les marchés financiers se sont d’ailleurs légèrement redressées.
Une prime de terme alimentée par les inquiétudes budgétaires et géopolitiques
Aux États-Unis, plusieurs facteurs ont également contribué à la hausse de la prime de terme au cours du mois de janvier.
Les annonces concernant une forte augmentation du budget de la défense à l’horizon 2027 nourrissent les inquiétudes sur la trajectoire des finances publiques, déjà fragilisée par les récentes réformes budgétaires.
Par ailleurs, certaines décisions d’investisseurs institutionnels européens, dans un contexte de tensions géopolitiques, ont alimenté des mouvements de ventes sur les obligations américaines.
Plus largement, les marchés observent depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche un phénomène qualifié de « Sell America trade », marqué par des flux de désengagement partiels des actifs américains, qu’il s’agisse des actions, des obligations ou d’autres classes d’actifs.
La remise en cause de certains équilibres institutionnels, notamment autour de l’indépendance de la Réserve fédérale et de l’État de droit, contribue également à fragiliser la perception du risque souverain américain.
Quels effets pour le CAC 40 et les marchés actions ?
Pour les analystes, la remontée des taux longs n’a rien d’illogique compte tenu du contexte macroéconomique et budgétaire. En revanche, c’est la rapidité des mouvements observés qui constitue la principale source de préoccupation.
Lorsque les taux augmentent fortement en peu de temps, la valorisation des entreprises est mécaniquement affectée, notamment pour les sociétés dont les profits attendus sont lointains, très présentes dans les indices technologiques américains mais aussi dans certaines composantes du CAC 40.
Une poursuite des tensions sur les taux souverains est donc susceptible de provoquer des épisodes de volatilité plus marqués sur les marchés actions, à Paris comme à New York.
Dans un environnement dominé par l’incertitude géopolitique, les tensions budgétaires et le retour de stratégies protectionnistes, les investisseurs sont appelés à davantage de prudence et de sélectivité. Le principal risque pour les places boursières ne réside pas tant dans le niveau absolu des taux que dans leur instabilité croissante, qui fragilise la visibilité sur les valorisations et les perspectives financières des entreprises.

