Ségolène Royal favorable à la prolongation du parc nucléaire français

La ministre de l’Ecologie Ségolène Royal s’est déclarée dimanche 28 février prête à autoriser la prolongation de la durée d’exploitation des centrales nucléaires françaises pour dix années supplémentaires. Une décision en accord avec la politique de décarbonisation engagée dans le cadre de la loi de transition énergétique et qui confirme une nouvelle fois la volonté du gouvernement de maintenir le nucléaire comme une énergie déterminante de notre mix énergétique futur.

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Pour une électricité décarbonée et bon marché

Si le gouvernement s’est bien engagé, dans le cadre de la loi de transition énergétique, à diminuer la part de l’atome dans notre mix électrique de 75% à 50 %, l’énergie nucléaire constituera toujours dans les décennies à venir le socle de notre système énergétique. La première énergie décarbonée de France aura en effet un rôle déterminant à jouer aux côtés des énergies renouvelables dans la réduction à long terme des émissions de gaz à effet de serre, et l’Etat compte pour cela activement sur le renforcement du parc nucléaire français.

Le groupe EDF pourrait donc être autorisé rapidement à prolonger la durée de vie des centrales nucléaires françaises de 40 à 50 ans, dans le cadre du programme d’investissements dit du Grand carénage, estimé à près de 55 milliards d’euros et destiné à moderniser les installations nucléaires actuelles. Cette prolongation ne sera actée qu’au cas par cas et sous réserve de l’avis de l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN).

Mais outre les avantages écologiques d’une production bas carbone, le prolongement de la durée d’exploitation des centrales est aussi pour le gouvernement français le moyen de profiter de centrales de production électrique déjà amorties et donc très rentables afin de proposer une électricité toujours moins chère aux français. Ces centrales exploitées « sont déjà amorties, donc produiront une électricité meilleur marché », a justifié la ministre, qui semble vouloir éviter une flambée des prix comme celle observée en Allemagne.

Rappelons ici que les prix de l’électricité en France, dopés par une énergie nucléaire bon marché, sont aujourd’hui bien moins élevés que chez nos voisins européens espagnols, suisses, italiens ou allemands. L’Allemagne notamment paie depuis plusieurs années le coût d’un retrait du nucléaire trop rapide, compensé par une forte augmentation des tarifs sur les factures des usagers et une hausse de la production d’électricité au charbon fortement émettrice de CO2. D’après les calculs d’Eurostat, le coût du kWh pour un ménage français est 87,4 % moins cher par rapport à l’Allemagne. Si on prend la consommation moyenne d’électricité d’un ménage en France, la facture est d’une cinquantaine d’euros par mois contre plus de 90 euros de l’autre côté du Rhin.

Le prolongement des centrales nucléaires à l’international

L’Allemagne fait toutefois figure d’exception en la matière et la tendance actuelle à l’international serait plutôt favorable à l’énergie nucléaire. En ces temps troublés par le réchauffement climatique et la nécessité de réduire de manière drastique les émissions mondiales de gaz à effet de serre dans les plus brefs délais, l’énergie nucléaire s’impose en effet dans de nombreux pays comme la seule solution à moyen terme pour compenser le déclin des énergies fossiles et accompagner le développement croissant des renouvelables.

Le gouvernement américain, par exemple, qui souhaite désormais verdir une production énergétique encore largement dominée par le pétrole, s’interroge sur une prolongation possible de la durée d’exploitation de ses centrales nucléaires à près de 80 ans. Un record qui nécessiterait des garanties fortes en termes de sûreté et de sécurité mais dont la pertinence environnementale et économique semble incontestable. L’énergie nucléaire aux Etats-Unis garantit à ce jour près de 60 milliards de dollars au produit intérieur brut tout en maintenant des coûts de production de l’électricité très faibles. Elle assure plus de 400.000 emplois à temps plein et éviterait selon les estimations du cabinet d’étude Brattle Group, le rejet annuel de plus de 573 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère.

De son côté, le Royaume-Uni est lui aussi entré dans une logique de prolongation de son parc nucléaire et vient par ailleurs de donner le feu vert à l’extension de la durée de vie de quatre centrales nucléaires du groupe EDF Energy, afin de compenser la fermeture progressive des centrales à charbon actée par le gouvernement fin 2015.

 

Crédits photo : AFP/Stéphane de Sakutin

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