CHARGEMENT

Tapez votre recherche

Bourse : portée par l’IA et la robotique, la Corée du Sud dépasse désormais la France

Actualités Bourse International

Bourse : portée par l’IA et la robotique, la Corée du Sud dépasse désormais la France

Partager

La hiérarchie mondiale des places financières évolue. Selon les données compilées par Bloomberg, la Bourse sud-coréenne affiche désormais une capitalisation totale de 3.760 milliards de dollars, dépassant celle de la place parisienne, estimée à 3.690 milliards. Une progression spectaculaire, alimentée par un rallye boursier hors norme, lui permet également de devancer l’Allemagne.

Cette performance marque un tournant pour un marché longtemps pénalisé par ce que les investisseurs appelaient la « décote coréenne » : une valorisation inférieure à celle de ses pairs développés, en raison d’incertitudes politiques et d’une gouvernance d’entreprise jugée opaque.

Un envol spectaculaire du Kospi

Depuis le début de l’année, le KOSPI, principal indice de la Bourse de Séoul, s’envole de 44,4 %, soit près de dix fois la progression du CAC 40 (+4,8 %). Sur un an, la hausse atteint 130 %, un rythme plus proche de celui d’une valeur technologique en plein boom que d’un indice national.

Ce rebond intervient après une période difficile. Au printemps dernier, le marché coréen était entré en correction, avec une chute de 20 % par rapport à son précédent sommet. La situation politique avait accentué la défiance des investisseurs, notamment après l’instauration éphémère de la loi martiale par l’ancien président Yoon Suk Yeol, épisode qui avait conduit à sa destitution.

L’incertitude s’est dissipée en juin avec l’élection de Lee Jae-myung, issu du Parti démocrate. Son arrivée au pouvoir, accompagnée d’un discours résolument pro-croissance, a contribué à restaurer la confiance. Durant sa campagne, il avait même affiché un slogan ambitieux : « Kospi 5.000 », symbolisant sa volonté de porter l’indice vers de nouveaux sommets.

Réformes et attractivité retrouvée

Au-delà du contexte politique stabilisé, plusieurs mesures ont été prises pour renforcer l’attractivité de la place de Séoul. Des dispositions limitant les pouvoirs des grands actionnaires dans certaines situations ont été adoptées, dans un pays historiquement dominé par les « chaebols », ces conglomérats familiaux aux participations croisées complexes.

Cette évolution vise à réduire la fameuse « korean discount », expression désignant la sous-valorisation chronique des entreprises coréennes par rapport à leurs homologues internationales. Des maisons comme Goldman Sachs ou Franklin Templeton soulignaient encore récemment que la gouvernance et la protection limitée des actionnaires minoritaires pesaient sur les multiples de valorisation.

Même si la Corée du Sud reste classée parmi les marchés émergents par plusieurs institutions financières, son profil évolue rapidement sous l’effet du cycle technologique mondial.

L’IA, moteur central du rallye

Le facteur déterminant de la flambée boursière reste toutefois l’intelligence artificielle. La Corée du Sud est l’un des épicentres mondiaux de la chaîne de valeur des semi-conducteurs, un secteur clé pour les infrastructures d’IA.

Samsung Electronics, deuxième fondeur mondial derrière TSMC, voit son action grimper de 70 % depuis le début de l’année. SK Hynix, fournisseur stratégique de Nvidia, bénéficie pleinement du supercycle des puces mémoire. Ses revenus ont bondi de 47 % l’an dernier, son bénéfice a plus que doublé, et son titre s’envole de 400 % sur un an.

La demande explosive en mémoire à haute bande passante (HBM), essentielle aux centres de données dédiés à l’IA, crée une tension durable sur l’offre de DRAM. Ce déséquilibre alimente la hausse des prix et soutient les marges des producteurs coréens.

Des analystes comme ceux de Bank of America estiment que ce « supercycle » pourrait encore se prolonger, porté par les investissements massifs du secteur technologique américain.

La robotique en renfort

L’enthousiasme des marchés ne se limite pas aux semi-conducteurs. La robotique, autre secteur dopé par l’IA, attire également les capitaux.

Hyundai Motor Company et Kia Corporation progressent respectivement de 92 % et 61 % depuis le début de l’année. Les deux groupes investissent massivement dans les robots industriels et humanoïdes.

Hyundai a notamment dévoilé une feuille de route pour le déploiement progressif de robots humanoïdes Atlas dans ses processus industriels, avec des applications pilotes prévues à partir de 2028. L’objectif : optimiser le tri, l’inspection et l’assemblage répétitif afin d’améliorer la productivité et les marges.

Un contexte macro favorable

Le contexte macroéconomique renforce cette dynamique. Le supercycle des puces mémoire génère des excédents commerciaux records et soutient les flux de devises. Parallèlement, la Banque de Corée adopte une posture monétaire plus restrictive, dans un environnement de croissance solide et de hausse des prix immobiliers.

Le won sud-coréen bénéficie ainsi d’un soutien supplémentaire, renforçant l’attrait des actifs financiers locaux.

Un changement de statut en cours

Si les États-Unis dominent toujours largement le classement mondial avec plus de 70.000 milliards de dollars de capitalisation, la percée coréenne symbolise un déplacement des centres de gravité financiers vers l’Asie technologique.

La Corée du Sud, longtemps perçue comme sous-valorisée et gouvernée par des structures familiales complexes, apparaît aujourd’hui comme l’une des expressions les plus nettes du cycle d’investissement mondial dans l’intelligence artificielle.

La question reste désormais ouverte : ce rallye peut-il durer ? Pour de nombreux analystes, tant que la demande mondiale en infrastructures d’IA restera soutenue, la Bourse de Séoul pourrait continuer à bénéficier de vents favorables.

Tags:

Articles en relation