Dunkerque, un laboratoire industriel des nouvelles énergies
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Port stratégique de la mer du Nord, Dunkerque accélère sa transformation industrielle autour des filières énergétiques. Deux nouveaux projets d’envergure viennent d’être officialisés sur l’ancienne emprise de la raffinerie SRD, confirmant la volonté du territoire de s’imposer comme un pôle majeur de la transition énergétique et des infrastructures bas carbone.
Située au carrefour des grandes routes maritimes européennes, la ville de Dunkerque ne se contente plus de son rôle historique de plateforme logistique. Depuis plusieurs années, le port mise sur une reconversion industrielle profonde, centrée sur l’énergie, l’industrie lourde décarbonée et les technologies liées aux nouveaux usages.
Une nouvelle étape vient d’être franchie avec l’annonce de deux projets structurants, dévoilés par Grand Port Maritime de Dunkerque à l’issue de son appel à manifestation d’intérêt.
De l’ancienne raffinerie à un pôle énergétique de nouvelle génération
Réunis lors de la conférence annuelle du port, les responsables ont officialisé la désignation de deux lauréats pour l’aménagement d’un vaste foncier de 23 hectares, dont la quasi-totalité correspond à l’ancien site de la raffinerie SRD, fermée il y a une dizaine d’années.
L’espace, longtemps resté en attente de reconversion, va accueillir les projets portés par Technip Energies et Tepsa. Un choix présenté comme stratégique pour relancer une zone industrielle marquée par les conséquences de la désindustrialisation.
L’investissement global est estimé à près de 1,7 milliard d’euros. Pour le territoire dunkerquois, l’enjeu dépasse largement la seule modernisation d’infrastructures portuaires. La fermeture de la raffinerie avait entraîné la suppression de plus d’une centaine d’emplois. Les nouveaux projets affichent aujourd’hui la perspective d’environ 300 emplois équivalent temps plein à terme sur le même périmètre.
Au-delà de l’emploi, le port table également sur un renforcement significatif de son activité maritime, avec un trafic annuel supplémentaire compris entre un et 1,2 million de tonnes.
Carburants durables et logistique énergétique, un tandem industriel
Le projet le plus emblématique concerne la production de carburants aéronautiques durables. Technip Energies prévoit l’implantation d’une unité industrielle dédiée à la fabrication de SAF à partir d’éthanol de seconde génération. La capacité annoncée atteindrait 160 000 tonnes par an, positionnant Dunkerque parmi les sites français capables de produire à grande échelle ce type de carburant destiné à réduire l’empreinte carbone du transport aérien.
En parallèle, Tepsa développera une nouvelle plateforme logistique énergétique reposant sur un terminal d’import-export de vracs liquides. L’installation comprendra également des capacités de stockage spécifiquement conçues pour les filières liées aux énergies renouvelables, pour un volume global avoisinant 145 000 mètres cubes.
Les deux projets ont été pensés comme un ensemble industriel cohérent. La plateforme logistique de Tepsa assurera l’ensemble des flux, de l’approvisionnement jusqu’à l’expédition, nécessaires au fonctionnement de l’unité de production portée par Technip Energies.
Cette complémentarité constitue l’un des points clés mis en avant par le port, qui cherche à structurer de véritables écosystèmes industriels plutôt qu’une simple juxtaposition de sites.
Un écosystème énergétique déjà solidement implanté
Ces nouvelles implantations viennent renforcer un positionnement déjà affirmé. Avec un trafic maritime ayant atteint 48 millions de tonnes en 2025, en progression par rapport à l’année précédente, Dunkerque s’impose comme l’un des ports français les plus actifs sur les flux énergétiques.
Le territoire accueille notamment le projet D’Artagnan, développé par Air Liquide et Dunkerque LNG. Cette infrastructure vise à créer un réseau de canalisations et un terminal permettant la réception, la liquéfaction, le stockage et l’expédition du CO₂ vers des sites de stockage géologique situés en mer du Nord.
La dynamique industrielle se manifeste également dans la filière batterie. En décembre dernier, Verkor a inauguré sa première gigafactory opérationnelle sur le territoire dunkerquois, contribuant à renforcer le positionnement régional de la « vallée de la batterie ». Une dynamique qui doit encore s’amplifier avec le futur site du groupe taïwanais ProLogium, dont les travaux doivent prochainement débuter.
Autre maillon stratégique de la chaîne industrielle, le recyclage des métaux critiques issus des batteries électriques fait également l’objet d’un projet porté par SUEZ, avec une implantation prévue sur le domaine portuaire.
L’ossature énergétique du territoire repose enfin sur un acteur historique, la centrale nucléaire de Gravelines. En 2024, l’installation a fourni l’équivalent d’environ 70 % de la consommation électrique régionale. Un rôle appelé à se renforcer avec la prolongation des réacteurs existants et l’implantation programmée de deux nouveaux réacteurs de type EPR2.
Cette montée en puissance industrielle s’accompagne aussi d’une volonté de visibilité internationale. En 2026, Dunkerque accueillera le congrès mondial des villes portuaires organisé par l’AIVP, un rendez-vous qui devrait consacrer la place prise par la ville dans les grandes stratégies portuaires et énergétiques mondiales.
À travers ces projets, Dunkerque confirme un choix clair : faire de l’énergie, de la décarbonation et des nouvelles filières industrielles le socle de sa renaissance économique.

