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CHU de Nice : enquête judiciaire pour harcèlement sur fond de réorganisation contestée

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CHU de Nice : enquête judiciaire pour harcèlement sur fond de réorganisation contestée

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Deux plaintes pénales pour harcèlement visant la direction du Centre hospitalier universitaire de Nice ont conduit à l’ouverture d’une enquête confiée à la police judiciaire. En toile de fond, une profonde réorganisation de l’établissement, des départs en cascade parmi les cadres dirigeants et un climat social décrit comme fortement dégradé par une partie du personnel et des syndicats.

Une enquête pénale confirmée par le parquet

La justice s’est saisie du dossier. La procureure adjointe de la République de Nice, Julie André, a confirmé l’ouverture d’une enquête après le dépôt de deux plaintes pénales pour harcèlement visant la direction du CHU. Les investigations ont été confiées au service local de la police judiciaire.

L’information, révélée par Le Parisien, intervient dans un contexte de fortes tensions internes au sein du premier établissement hospitalier des Alpes-Maritimes. Les plaintes ciblent plusieurs membres de l’équipe dirigeante, dont le directeur de l’hôpital, sa directrice des ressources humaines et son directeur adjoint.

Selon les éléments relayés par plusieurs témoins interrogés par le quotidien national, les accusations portent sur des pratiques managériales jugées agressives, humiliantes et sources de souffrance au travail.

Une nouvelle gouvernance au cœur des crispations

À l’origine de la crise, de nombreux acteurs internes pointent la réorganisation mise en place depuis l’arrivée de Rodolphe Bourret à la tête du CHU, en février 2023. Le directeur a instauré un mode de gouvernance inédit pour un établissement de cette envergure, baptisé « délégation polaire ».

Ce dispositif repose sur la création de pôles médicaux dirigés par des médecins chefs de pôle, à qui sont confiées non seulement des responsabilités médicales, mais aussi des prérogatives élargies en matière de gestion, notamment pour certaines procédures sensibles comme le recrutement.

Quinze pôles ont ainsi été constitués, avec pour objectif affiché de replacer le corps médical au centre des décisions stratégiques. Le directeur expliquait encore récemment que ce modèle devait permettre de rééquilibrer les rapports entre administration et soignants.

Mais en interne, cette réforme est loin de faire l’unanimité. Plusieurs cadres hospitaliers estiment que cette nouvelle organisation aurait surtout pour effet de transformer profondément la structure de l’établissement et d’accompagner une réduction importante des effectifs.

Des départs massifs parmi les cadres dirigeants

Le climat se serait rapidement tendu après la mise en œuvre de cette gouvernance. Dès les premiers mois, plusieurs directeurs quittent leurs fonctions. Huit d’entre eux saisissent le Centre national de gestion, organisme placé sous la tutelle du ministère de la Santé et chargé de la gestion des cadres hospitaliers.

Dans leurs signalements, ils évoquent des méthodes de management qu’ils jugent nocives et dénoncent des conséquences graves sur le fonctionnement de l’établissement. Leurs témoignages décrivent une pression constante, un mode de pilotage autoritaire et un sentiment de désorganisation généralisée.

En l’espace de deux ans, plus d’une dizaine de directeurs auraient quitté le CHU de Nice. Plusieurs d’entre eux parlent, dans la presse, de scènes d’humiliations publiques, de remises en cause brutales et d’un climat de crainte installé durablement au sein des équipes d’encadrement.

Trois membres de la direction sont particulièrement mis en cause dans ces récits, accusés d’entretenir un style de management fondé sur la contrainte et la mise sous pression permanente.

Des alertes syndicales et une mission de l’IGAS

Face à la multiplication des témoignages, le Syndicat des managers publics de santé, majoritaire chez les directeurs d’hôpitaux, a réclamé au printemps 2025 l’ouverture d’une enquête administrative.

Une mission de l’Inspection générale des affaires sociales a effectivement été diligentée. Selon la direction du CHU, cette mission n’aurait pas relevé d’anomalies particulières. Le Centre national de gestion aurait également mené des vérifications, qui n’auraient pas donné lieu à des suites disciplinaires.

Ces conclusions sont toutefois contestées en interne par certains cadres et représentants syndicaux, qui estiment que la situation vécue par les équipes n’a pas été pleinement prise en compte.

Une contestation sociale qui s’étend aux agents

La crise ne se limite pas aux cadres dirigeants. Les organisations syndicales CGT et CFDT dénoncent également les conséquences de la réorganisation sur les agents hospitaliers.

Un préavis de grève a été déposé pour protester contre la restructuration de plusieurs services, et notamment la création d’un pôle dédié au bio-nettoyage. Environ 500 agents doivent y être rattachés, avec une modification de leurs horaires et des prises de poste très matinales ou en fin de journée.

Pour les syndicats, cette réorganisation entraînerait une intensification du travail et une dégradation des conditions d’exercice. Une mobilisation a d’ailleurs eu lieu devant l’hôpital Pasteur 2 afin d’alerter sur les effets concrets de ces changements pour les personnels concernés.

Une direction qui réfute toute accusation

Contactée, la direction du CHU de Nice a transmis un communiqué dans lequel elle conteste fermement les faits qui lui sont reprochés. Elle affirme rester attachée au dialogue social, à la prévention des risques professionnels et au respect des règles en vigueur.

Elle précise également que, si des procédures judiciaires devaient être engagées, les personnes mises en cause répondront aux autorités dans le cadre légal.

Pour tenter d’apaiser les tensions, l’établissement annonce par ailleurs le lancement prochain d’États généraux de la santé professionnelle, destinés à associer l’ensemble des instances internes et à mieux prendre en compte les réalités du terrain.

Alors que l’enquête judiciaire débute, le CHU de Nice se retrouve confronté à une crise profonde, à la fois managériale, sociale et institutionnelle, dans un contexte où la stabilité des équipes et la qualité de vie au travail constituent des enjeux majeurs pour l’hôpital public.

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