Combien coûte l’insécurité en France ?

Voilà un sujet extrêmement épineux, entre instrumentalisation, tabous et difficulté à établir des estimations chiffrées… Pourtant, quand on s’y intéresse, il s’avère que l’addition s’avère particulièrement salée pour l’économie française.

 

L’insécurité et les violences faites aux personnes sont quotidiennement abordées sous l’angle moral ou politique, mais leur impact économique est bien souvent laissé de côté. Pourtant, c’est une succession de coûts supplémentaires pour les particuliers, les entreprises, le secteur privé ou le secteur public.

Dans une étude publiée en 2013, le magazine Capital estimait ainsi que les incivilités et autres agressions coûtaient environ 5 milliards d’euros par an aux particuliers : 1,65 milliard pour les vols de voitures, 700 millions d’euros pour les agressions, 405 millions d’euros pour les cambriolages…

Bien sûr, les assurances remboursent en moyenne 77 % des montants volés aux victimes, mais comme tout système assurantiel, ces remboursements proviennent des cotisations des autres adhérents. Indirectement ou directement, les particuliers français sont financièrement concernés par la délinquance, comme les cambriolages (243 5000 par an en France, soit un toutes les 90 secondes).

Un climat de défiance qui incite aussi les français à dépenser davantage pour leur protection et celle de leurs biens : plus de 600 millions avaient été dépensés en 2015 en alarmes, portes blindées, télésurveillance… autant de coûts qui pourraient être évités -ou tout du moins, considérablement allégés – avec une meilleure lutte contre la criminalité.

Et les services publics ? Il y a évidemment le budget de la gendarmerie et de la police destiné à la lutte contre la délinquance : en 2016, les crédits de la mission « Sécurités » avaient atteint les 12,24 milliards d’euros. Mais pour la sécurité des usagers dans certaines zones sensibles, les services publics doivent aussi s’attacher les services de sociétés de gardiennage, vidéosurveillances, etc.

Le personnel et les fonctionnaires sont aussi visés par la multiplication des violences : les policiers, les pompiers, mais aussi le personnel hospitalier. Le 6 octobre dernier, les règlements de comptes entre rixes rivales se sont prolongés jusque dans l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis. Les blessés d’une première bagarre ont vu leurs agresseurs les poursuivre jusque dans l’enceinte de l’établissement médical, provoquant des échauffourées avec d’autres patients et le personnel soignant.

Yolande Di Natale, directrice de l’hôpital de Saint-Denis rappelle que ce genre d’incident arrive « une à deux fois par an » et qu’il a fallu mettre en place un dispositif pour que les forces de l’ordre puissent intervenir très rapidement. Un système efficace (les cinq agresseurs ont été interpellés quelques minutes après le début de l’attaque), mais qui a un coût pour le budget de l’hôpital.

Les violences touchent aussi des zones plus rurales : les installateurs du nouveau compteur électrique Linky d’Enedis sont ainsi régulièrement agressés ou pris à partie par des particuliers hostiles. Dans le Puy-de-Dôme, un homme de 63 ans a menacé à l’aide d’un fusil à pompes deux techniciens qui venaient installer chez lui le nouvel appareil.

Ces agressions répétées obligent les entreprises publiques à prendre des précautions inimaginables il y a encore une dizaine d’années. Des installations et des formations sont mises sur pied pour protéger au mieux un personnel souvent au contact des populations les plus fragiles. En 2015, la criminalité et la délinquance ont coûté 10 milliards d’euros aux services publics, et donc au contribuable.

Pour les entreprises privées, l’addition est encore plus dure à avaler, puisque l’insécurité coûte chaque année environ 15 milliards d’euros, dont 5 uniquement à cause des pertes provoquées par les vols dans les magasins et les braquages. Un fléau qui concerne les petites entreprises, les artisans, comme les grands groupes.

En réponse, les dépenses de protection s’envolent : caméras de surveillance, dispositifs antivols, gardiennages coûtent près de 3 milliards d’euros par an aux entreprises. Un surcoût qui pèse sur une multitude d’acteurs économiques, alors que ceux-ci paient aussi des impôts, des taxes et des cotisations censés permettre à l’État de remplir au mieux ses fonctions régaliennes de respect de l’ordre.

La criminalité représente donc bel et bien un boulet pour notre économique, un poids sur les budgets publics et privés qui sont autant de milliards d’euros en moins dans l’investissement, la recherche, l’amélioration du service… Il y a urgence, car « libérer l’Économie française », comme le proclament régulièrement les dirigeants politiques, c’est aussi adoucir la facture de l’insécurité.

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