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La possibilité d’un futur mutualiste

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La possibilité d’un futur mutualiste

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La révolution numérique remet au goût du jour le modèle mutualiste. La résilience des entités du secteur pendant la pandémie illustre d’ailleurs sa modernité. L’ADN commun qui peut exister entre les start-ups et les organismes mutualistes laisse présager d’un futur que certains voient mutualiste.

Deux mondes qui flirtent déjà

Connue pourtant pour son orthodoxie mutualiste, la MAIF n’a pas hésité à s’investir dans l’économie numérique, bien que cette dernière soit régulièrement accusée d’ubérisation. La mutuelle rappelle avoir « soutenu plus de 20 start-ups de l’économie collaborative entre 2014 et 2016 » comme BlaBlaCar par exemple. Même constat chez les plus capitalistiques des mutualistes comme Covéa (MAAF, MMA et GMF), dont le PDG, Thierry Derez, osait même en 2018 une comparaison entre les mutuelles et les start-ups. Selon lui, les premières « ont, si le mot avait existé dans les années 60, “ubérisé” le marché de l’assurance en s’attaquant les premières aux rentes du secteur ».

Les banquiers mutualistes aussi ont reconnu rapidement les fintechs comme des membres à part entière de la famille. En 2019, Ronan Le Moal du Crédit Mutuel-Arkéa (CMA) signait ainsi une tribune dans laquelle il revendiquait la filiation : « banque collaborative, c’est en un mot la version moderne, augmentée, connectée, du modèle coopératif ». Si le CMA n’est pas le meilleur exemple en matière de collaboration, notamment en raison du projet d’indépendance porté par l’ex-PDG Jean-Pierre Denis, la position de la direction pourrait évoluer : Julien Carmona, le nouveau président, a en effet récemment loué le modèle mutualiste qu’il juge « plus moderne et efficace que celui de la banque capitaliste ». Et les derniers résultats des organismes mutualistes de lui donner raison.

Une pertinence confirmée par la résilience du modèle

Le modèle mutualiste sort plus fort de la crise. Que ce soit chez les banquiers ou chez les assureurs, les résultats plaident en faveur de sa modernité et de sa pertinence. Crédit Mutuel qui retrouve ses niveaux pré-crise avec 2 ans d’avance, Crédit Agricole avec une cotation à un plus haut historique, le groupe VyV dont le chiffre d’affaires a même progressé… les bonnes nouvelles s’accumulent dans le secteur. Même en volume, les résultats sont positifs : 400 000 sociétaires en plus sur un an et les assureurs mutualistes envisagent le recrutement de plus de 12 000 personnes en 2021.

Pourquoi une telle résilience et un tel succès ? Tout simplement parce que les organismes mutualistes sont mieux capitalisés et ils ne distribuent pas de dividendes, car le modèle l’interdit. En 2016, l’ex-Directeur général délégué du groupe Vyv résumait : « Seule une excellente gestion, sur un horizon de temps long, permet à une mutuelle de constituer et préserver les fonds propres nécessaires à sa solvabilité. Elle n’a pas de réelle alternative ». Ils disposent donc de fonds propres plus importants que leurs homologues capitalistiques, ce qui leur permet de mieux encaisser les crises. Du reste, les clients n’en sont pas, ce sont des sociétaires, c’est-à-dire que les dirigeants sont élus selon le principe « 1 sociétaire = 1 voix ». Chacun donne son avis, comme sur une plateforme collaborative. Un fonctionnement dans l’esprit du temps…

Un contexte 2.0 favorable à l’épanouissement du mutualisme

« Ce à quoi nous assistons, avec l’épanouissement de l’économie collaborative, c’est à une renaissance du mutualisme », remarquait l’entrepreneur 2.0 Nicolas Colin en 2015. Selon lui, puisque l’économie collaborative et la révolution numérique précarisent l’emploi, l’ubérisation du salariat renforce forcément le besoin de protection sociale. Paradoxalement, ce nouveau genre d’actifs — qui cumulent les activités par intermittence et ont un déficit de crédibilité aux yeux des institutionnels — se tournent naturellement vers le mutualisme. Ce dernier prend tout son sens, car si l’économie collaborative permet de mutualiser le capital, elle facilite également la mise en commun d’autres ressources comme les voitures, les vélos, les appartements, etc.

Ce qui a permis cette généralisation de la mutualisation aux objets ou aux biens mobiliers, c’est donc bien l’économie numérique. Or, à l’aube de la 4e révolution industrielle — celle de la donnée —, les synergies entre mutualisme et numérique devraient se multiplier.

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