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Les banques mutualistes mieux armées face à la crise

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Les banques mutualistes mieux armées face à la crise

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Banques mutualistes

Alors que, depuis 2015, le Crédit Mutuel Arkéa cherche à se désaffilier de sa maison mère, ce qui entraînerait de facto la perte de son statut de banque mutualiste, la banque bretonne peut aujourd’hui s’estimer heureuse d’avoir vu son dossier être « mis sur pause » par la Banque centrale européenne (BCE). Explications.

C’était il y a six mois ou presque, dans un autre monde, ou presque. En juillet 2020, la Banque centrale européenne décrétait la mise « sur pause » de l’épineux dossier concernant l’indépendance du Crédit Mutuel Arkéa. Une décision venue mettre un terme à 5 ans de conflit entre la banque bretonne et sa maison mère, la Confédération Nationale du Crédit Mutuel (CNCM), et ce même si Hélène Bernicot, l’actuelle directrice générale d’Arkéa, affirmait, dans la foulée de cette décision, que le projet d’indépendance du Crédit Mutuel Arkéa était malgré tout toujours d’actualité, simplement repoussé à l’horizon 2024.

Pourtant, par cette décision, la BCE a probablement épargné une déroute sans précédent à la banque bretonne. Car si le Crédit Mutuel Arkéa était parvenu à ses fins, son indépendance de la CNCM lui aurait fait automatiquement perdre le statut d’établissement mutualiste, entraînant dès lors des répercussions majeures pour elle ainsi que pour ses clients, notamment en période de tempête sanitaire et économique, comme celle qui, d’après plusieurs experts, devrait venir frapper à la porte du secteur bancaire incessamment sous peu.

Les banques devront compenser la fin des aides publiques

Après une année 2020 marquée par la pandémie de Covid-19 et une récession économique historique, l’année 2021 pourrait bien être une année noire pour les banques du monde entier. Et les établissements français ne sont pas en reste. En effet, si les banques hexagonales ont été relativement épargnées au cours des derniers mois, elles ne doivent ce répit qu’à l’intervention massive des pouvoirs publics, qui ont multiplié les aides et dispositifs de toutes sortes afin de venir en aide aux entreprises frappées de plein fouet par la crise sanitaire. Chômage partiel, report des cotisations sociales et fiscales, prêts garantis par l’État (PGE), fonds de solidarité, report des loyers et factures d’énergie, etc. : grâce à l’ensemble de ces mesures exceptionnelles, contre toute attente, les faillites d’entreprises françaises n’ont pas augmenté en 2020. Elles ont même diminué de 34 % par rapport à l’année précédente. 

Mais il s’agit d’un calme trompeur. Par nature provisoires, ces aides diverses vont peu à peu diminuer au cours des prochains mois, et le robinet de l’argent public devrait progressivement se tarir. Les entreprises qui en bénéficient — parmi elles, les quelque 28 000 sociétés françaises « zombies » qui auraient dû faire faillite si elles n’avaient pas reçu d’aides publiques — vont donc à nouveau devoir se tourner vers leurs partenaires de toujours : les banques, qui vont être assaillies de demandes de crédit. 

Après avoir engrangé des provisions au cours des premiers mois de l’année 2020 pour se prémunir contre d’éventuels impayés, celles-ci vont donc, à nouveau, devoir prendre des risques. Les établissements bancaires devront se montrer solides et pour cela, avoir suffisamment de capital en réserve. 

Les banques mutualistes plus résilientes

Et c’est là que le bât blesse. Car toutes les banques tricolores ne sont pas logées à la même enseigne, loin s’en faut. Si la crise du coronavirus a révélé les fragilités du secteur bancaire, elle a également prouvé à quel point les banques mutualistes, à l’instar du Crédit Agricole, étaient performantes. Les résultats trimestriels de ce dernier, dévoilés en août 2020, témoignaient ainsi d’une résilience exemplaire. “Nous avons fait face, sans dommage, à un trimestre hors du commun”, se félicitait Philippe Brassac, directeur général du Crédit Agricole assurant que “le modèle d’universalité de la banque a permis d’afficher des performances solides”.

Les établissements mutualistes semblent, à ce titre, mieux préparés aux chocs financiers à venir que les grandes banques privées et cotées en Bourse. En France, « les banques mutualistes, mieux capitalisées que les banques privées, apparaissent (en effet) en meilleure posture. Crédit Agricole, Crédit Mutuel et BPCE obtiennent de meilleurs résultats aux tests que Société Générale ou BNP Paribas », affirme ainsi la presse spécialisée. Même son de cloche de la part des premiers intéressés, à l’image de Nicolas Théry, le président du Crédit Mutuel, qui voit la décennie à venir comme un « moment mutualiste »

Et pour cause : sans pression actionnariale, la banque a pu augmenter ses effectifs de 10 % en six ans, investir dans l’intelligence artificielle et l’informatique ou encore venir en aide aux étudiants et entrepreneurs faisant face à la crise sanitaire. Le tout, en demeurant — et de très loin — la banque préférée des Français depuis des années et en ayant « redonné une modernité au discours mutualiste », selon l’analyste Claude Posternak.

Un optimisme que sont loin d’approcher les banques privées « capitalistes », soumises aux aléas boursiers. Ainsi, la Société Générale, après avoir annoncé en novembre dernier la suppression de plus de 600 postes en France, a officialisé un mois plus tard la fusion de ses réseaux de banque de proximité avec ceux de sa filiale, le Crédit du Nord. Une opération qui devrait entraîner la fermeture de 600 agences, et que les syndicats de la maison qualifient de « véritable boucherie » sociale. 

De son côté, la banque Natixis, filiale du groupe BPCE, a enregistré une perte de plus de 200 millions d’euros au cours du premier trimestre 2020, en raison, notamment, de son exposition au secteur du pétrole. Autant de déconvenues qui viennent conforter la BCE dans son choix de mettre un terme aux velléités d’indépendance du Crédit Mutuel Arkéa.

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