CHARGEMENT

Tapez votre recherche

L’indépendance du Crédit Mutuel Arkéa, l’arlésienne bancaire

Actualités Business

L’indépendance du Crédit Mutuel Arkéa, l’arlésienne bancaire

La Rédaction
Partager
Arkea Independance

Si la direction de la banque bretonne a réaffirmé son intention de mener son projet d’indépendance à son terme, tout indique au contraire qu’il ne se réalisera pas. Institutions de régulation, salariés et même dirigeants du Crédit Mutuel Arkéa… : plus personne ne semble y croire.

Un jour, les Parisiens pourront se baigner dans la Seine ; la Corse et la Bretagne seront indépendantes de la France ; et la banque Arkéa volera de ses propres ailes, loin, très loin des excès de « centralisation » dont sa direction affirme souffrir de la part du Crédit Mutuel. C’est du moins la promesse que les dirigeants de l’établissement breton, réunis à Brest lors d’un conseil d’administration tenu le 9 octobre, ont une nouvelle fois avancé : « le groupe Arkéa réaffirme sa détermination à poursuivre les travaux en faveur de son indépendance », stipule ainsi un communiqué publié le même jour.

En dépit de la crise sanitaire et des multiples écueils rencontrés depuis les prémisses de son projet de désaffiliation, le Crédit Mutuel Arkéa continuerait donc de « préparer la séparation ordonnée du Crédit Mutuel, dans un climat apaisé » — les connaisseurs du dossier se pinceront à la lecture de ce dernier mot, tant les récentes relations entre les deux banques ont été, au contraire, marquées par un climat d’animosité. Considérant que le Crédit Mutuel Arkéa a « apporté la preuve, au cours des derniers mois, de sa solidité financière, de sa résilience et de la pertinence de son modèle », sa direction affirme enfin que son projet d’indépendance préserve « la Raison d’être du groupe et s’inscrit pleinement dans (son) prochain plan stratégique ».

Au point mort

Cela fait pourtant trois ans déjà que le Crédit Mutuel Arkéa a déposé sa requête auprès de la Banque centrale européenne (BCE) en vue d’obtenir un agrément bancaire, préalable indispensable à son indépendance. « Les discussions avec les autorités de supervision (ont été) temporairement suspendues en raison de la crise sanitaire, la BCE ayant naturellement (…) priorisé son action » dans la résolution de la crise, évacue le même communiqué, reprenant presque mot pour mot les justifications avancées en juillet dernier par la nouvelle directrice générale du Crédit Mutuel Arkéa, Hélène Bernicot, selon qui le grand argentier européen « doit faire face en ce moment à des situations d’urgence. Notre dossier a été mis sur pause ».

Une manière de reconnaître sans le dire que le projet est au point mort, voire remisé aux oubliettes des institutions européennes, la BCE n’ayant annoncé aucune date de reprise des pourparlers. Si les managers de la banque bretonne font contre mauvaise fortune bon cœur, en interne, plus personne ne semble sérieusement imaginer que puisse se dessiner une issue rapide et favorable. Pour les salariés, « le feuilleton est terminé. Ils n’y croient plus ». Et le trouble qui s’est emparé des équipes semble s’être propagé jusqu’aux plus hauts sommets de l’entreprise, où l’on assiste, depuis plusieurs mois, à un véritable jeu de chaises musicales.

Le projet reporté à 2024

En début d’année, on apprenait ainsi le départ de l’historique directeur général du groupe, Ronan Le Moal, remplacé après douze ans de maison par Mme Bernicot. Plusieurs membres du top management de la banque l’ont imité depuis, sans que l’on sache s’ils sont partis de leur plein gré ou s’ils ont été poussés vers la sortie. Et en juin, c’est l’emblématique président du Crédit Mutuel Arkéa et architecte du projet d’indépendance, Jean-Pierre Denis, qui annonçait aux membres du conseil d’administration du Crédit Mutuel de Bretagne — l’une des composantes d’Arkéa — son intention de « prendre du recul » et de « réduire très sensiblement sa présence et son interaction avec l’entreprise ». Beaucoup y ont vu la reconnaissance, à demi-mot, de son échec.

Et du poids d’autres polémiques dont le président fait l’objet, la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM) ayant contesté la légalité de sa rémunération variable (d’un montant de 6,7 millions d’euros entre 2010 et 2019) au regard de la loi sur les coopératives et fait avorter son projet d’évolution de gouvernance, Jean-Pierre Denis souhaitant, en vain, transformer le Crédit Mutuel Arkéa en société à directoire et conseil de surveillance. Quoi qu’il en soit, les « grandes lignes directrices » présentées cet été par le Crédit Mutuel Arkéa, si elles mentionnent bien le projet d’indépendance, le reportent de fait à l’horizon 2024.