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Le renouveau des modes de travail dans les entreprises

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Le renouveau des modes de travail dans les entreprises

La Rédaction
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Crise sanitaire oblige, des milliers d’entreprises françaises ont été contraintes de trouver de nouvelles manières de travailler pour maintenir leur activité malgré les mesures de distanciation. Cette expérimentation forcée a notamment confirmé les bienfaits du télétravail et incité certaines entreprises à généraliser cette pratique.

De décembre 2019 à février 2020, le mouvement de grève contre la réforme des retraites avait déjà fait émerger le sujet. Mais depuis le début de la crise du Covid-19, la mobilité des Français est devenu une question prioritaire dans l’agenda politique. Face aux mesures sanitaires en vigueur depuis le début du confinement, plusieurs millions de travailleurs ont dû adapter leurs habitudes de déplacement entre leur domicile et leur lieu de travail. Ce basculement brutal a eu l’effet d’un déclic pour le gouvernement, qui a voté un grand plan de relance verte de 8 milliards d’euros pour développer le marché des véhicules électriques et hybrides, ainsi que celui des deux-roues (vélos avec et sans assistance électrique). Si la désertion des routes et des lignes de transport collectif a considérablement amélioré la qualité de l’air dans les métropoles, le phénomène a aussi eu des répercussions profondes dans les entreprises. Hormis les professions où la présence physique demeurait indispensable, ces dernières ont dû mettre en place un télétravail forcé durant le confinement. Durant ces trois mois d’expérimentation en conditions réelles, la côte du travail à distance a progressé de manière spectaculaire, soit beaucoup plus que lors des 10 ou 20 dernières années.

Essai transformé pour le télétravail

Pratiqué jusque-là par seulement 8 % des actifs français, soit moitié moins qu’en Europe (17%), le télétravail serait désormais plébiscité par 80 % d’entre eux. À commencer par les directeur(rice)s des ressources humaines (DRH), pour qui l’expérience s’est révélée globalement très positive. D’après une étude menée par le cabinet Willis Towers Watson, 85 % des DRH interrogés déclareraient vouloir changer les pratiques en la matière dans leur entreprise. Les causes de méfiance vis-à-vis du travail à distance, comme la non-maturité des salariés et managers, sont désormais « balayées », affirment les auteurs de l’étude. La preuve : seul un responsable de ressources humaines sur cinq serait maintenant favorable à l’instauration de jours de télétravail fixes, contre un sur deux auparavant. Et alors que 49 % d’entre eux n’étaient prêts à accorder qu’un jour de travail à distance par semaine, ils ne sont aujourd’hui plus que 14 % dans ce cas. 43 % prévoient ainsi de proposer deux jours hebdomadaires à leurs collaborateurs (contre 32 % avant le confinement), et 8 % jusqu’à trois jours (contre 4 % auparavant). Pour la plupart des DRH, l’expérience du télétravail forcé s’est accompagnée de gains en flexibilité et en agilité dans leur organisation (66 %) et a permis de trouver un meilleur équilibre entre vie privée et activité professionnelle (61 %), révèle également l’étude. 39 % ont, en outre, observé une amélioration de la productivité, et 36 % ont constaté des niveaux d’engagement et de bien-être accrus.

Grands groupes : les DRH veulent généraliser le travail à distance

Cet amour soudain du télétravail a notamment conquis plusieurs grands groupes, qui y ont pris goût et entendent généraliser la pratique. C’est le cas de PSA, qui a annoncé au mois de mai vouloir imposer le travail à distance durant 70 % de la semaine (trois jours et demi). Le constructeur automobile est décidé à tester ce nouveau dispositif dès la rentrée sur huit de ses sites, en vue de l’appliquer sur l’ensemble du territoire d’ici la fin de l’année. Près de quatre salariés du groupe y seraient ainsi favorables (79 %), selon une enquête réalisée en interne. Sur les 36 000 à 39 000 télétravailleurs de PSA pendant le confinement (contre 20 000 en 2019), la même proportion n’aurait en effet pas rencontré de difficulté particulière à travailler à distance. « Quand 80 % de la population souhaite se diriger vers l’ère du télétravail, on se doit de réfléchir à une nouvelle organisation », a déclaré Xavier Chéreau, DRH du groupe. Chez Unilever, les bienfaits du travail à distance ont également eu le dessus. « On a vu progresser de manière considérable l’adhésion au télétravail au sein des salariés. Les gens sont plus autonomes et les réunions vont directement à l’essentiel », a constaté Frédéric Faure, DRH du groupe agroalimentaire, qui réfléchit à réaménager le siège social en réduisant notamment le nombre d’open-spaces. Autre expérience réussie du côté de Technicolor, spécialiste de l’image, qui envisage de passer un tiers de ses effectifs en télétravail deux à trois jours par semaine.

Des modalités de travail adaptées à chacun

Déjà fortement mobilisé sur la question, le groupe EDF a lui aussi tiré, pendant le confinement, de précieux enseignements qu’il entend à présent pérenniser. Grâce aux différents outils collaboratifs mis en place, pas moins de 70 000 salariés ont en effet pu travailler de leur domicile, contre 13 000 auparavant. Pour l’énergéticien, une des clés de cette réussite, outre les moyens techniques, a résidé dans la responsabilisation accrue de ses collaborateurs, ainsi que dans un accompagnement managérial fondé sur l’écoute et la confiance. Après le déconfinement, le groupe souhaite capitaliser sur les leçons tirées pendant trois mois, notamment en cherchant à développer des organisations de travail en équipe plus responsabilisantes et qui favorisent l’autonomie. « La concertation sociale se poursuit pour donner des choix aux salariés et aux managers au service de l’efficacité et de la performance collective. » met en évidence Christophe Carval, Directeur des Ressources Humaines du groupe EDF. Dans cette optique, EDF souhaite varier les modalités de travail sans créer de clivage.Trois démarches internes ont ainsi été co-construites : « Good morning La Défense » pour répartir les trajets domicile/travail en lissant les horaires d’arrivée et de départ ; « Welcome » pour travailler régulièrement depuis un autre site plus proche de son domicile ; et « Mon job en proximité » pour limiter les déménagements lors d’une mutation. « Il n’existe pas une seule bonne réponse, mais de nombreuses solutions complémentaires qui répondent aux aspirations professionnelles et personnelles des salariés en lien avec les besoins de l’entreprise », indique Christophe Carval.

Préserver l’effet « machine à café »

Cette réflexion sur le rapport au « bureau », voire leur disparition annoncée, est donc définitivement enclenchée dans les entreprises françaises. Mais comme l’explique dans une tribune l’architecte italien Carlo Ratti, directeur d’un centre de recherche au prestigieux MIT, « les entreprises seraient bien avisées de ne pas renoncer totalement à leurs bureaux, non seulement dans leur propre intérêt – les idées nouvelles, novatrices, nées dans la collaboration sont essentielles à leur succès – mais aussi pour le bien-être des sociétés dans lesquelles elles opèrent. […] Cela pourrait se traduire, par exemple, par la transformation des plans au sol, encore conçus pour faciliter l’exécution solitaire des tâches qui deviendraient des espaces plus ouverts et plus dynamiques, afin d’encourager ce qu’on nomme l’effet “machine à café” ou “cafétéria”. » Selon lui, ces lieux sociaux sont importants pour échanger avec potentiellement l’ensemble des collaborateurs de l’entreprise, et pas seulement ceux du même service ou projet. « La crise du Covid-19 a montré que nous disposions des outils qui nous permettent de rester connectés depuis le sommet d’une montagne – ou depuis notre table de cuisine, en l’occurrence. Le défi qui se pose désormais à nous est d’utiliser l’espace physique afin que nous puissions régulièrement descendre de nos sommets isolés. Cela signifie s’efforcer de faire renaître la notion même de bureau de façon à renforcer sa qualité première : sa capacité à cultiver l’ensemble des liens qui réunissent celles et ceux qui y travaillent. »

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