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Les métiers du nucléaire sont-ils toujours attractifs ?

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Les métiers du nucléaire sont-ils toujours attractifs ?

La Rédaction
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Contrairement aux métiers des énergies renouvelables, le secteur du nucléaire ne fait pas forcément rêver les jeunes diplômés français… Pourtant, la troisième industrie du pays recruterait à tour de bras afin de pourvoir des milliers de postes hautement qualifiés. Explications.

Fin novembre 2018, la fermeture de 14 réacteurs de 900 MW d’ici 2035 annoncée par Emmanuel Macron aurait pu paraître sans appel pour le nucléaire français. D’autant que fin janvier 2019, François de Rugy confirmait lors de la présentation de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) l’arrêt probable de quatre à six unités avant 2028. Cependant, le ministre de la Transition écologique et solidaire a été le premier à démentir toute « stratégie de sortie du nucléaire ». « Il s’agit d’un rééquilibrage, dans lequel le nucléaire a sa place, a-t-il précisé dans la foulée. Nous considérons que, dans la production d’électricité en France, et sans doute en Europe et dans le monde, le nucléaire peut jouer un rôle puisqu’il présente une production totalement décarbonée. » Avant d’ajouter, pour dissiper tout doute subsistant, que le gouvernement attendait les recommandations d’EDF en 2021 pour décider de l’éventuelle construction de nouveaux réacteurs de type EPR (« European pressurised reactor » ou « réacteur européen pressurisé »). Un avis d’ailleurs déjà exprimé par le président de la République, qui a déclaré que « l’EPR doit faire partie du bouquet énergétique de demain »…

Troisième fleuron industriel derrière l’aéronautique et l’automobile, la filière nucléaire française fait également figure de référence hors de ses frontières. Avec 58 réacteurs répartis sur 19 sites, la France dispose du deuxième parc mondial derrière celui des États-Unis. Pionniers, les chercheurs et ingénieurs tricolores ont été les premiers à instaurer le cycle fermé du combustible dès 1976. Toujours à l’avant-garde, ils sont également à l’origine du MOX (mélange d’oxydes fabriqué à partir de combustible usé) et, plus récemment, de la troisième génération de réacteurs (EPR) qui s’exporte à présent à l’étranger. Fort de ce savoir-faire, le nucléaire français produit aujourd’hui 75 % de l’électricité consommée dans le pays à partir d’une énergie décarbonée à plus de 95 %. La production française constitue aussi un pilier pour l’approvisionnement des 28 États-membres de l’Union européenne. Grâce à son rendement, le parc hexagonal permet de fournir une électricité 25 % moins chère que le prix moyen en Europe et jusqu’à 88 % moins chère qu’en Allemagne, par exemple. Mais l’atome français représente aussi et surtout plus de 2 600 entreprises et 220 000 emplois qualifiés et non-délocalisables. Un argument de plus en plus audible dans la situation économique actuelle…d’autant que le secteur continue de créer des milliers d’emplois durables chaque année !

Quand nucléaire rime avec recrutement, formation et innovation

Sur la décennie en cours, 110 000 recrutements était prévus pour pourvoir aux besoins de l’ensemble de la filière, selon la SFEN (Société française de l’énergie nucléaire). Jusqu’en 2020, le CSFN (Comité stratégique de la filière nucléaire) estime, pour sa part, à 8 000 le nombre de postes restant à pourvoir chaque année. 50 % de ces recrutements concernent des techniciens à partir de bac+2, 30 % des ingénieurs et 20 % des opérateurs souvent hautement qualifiés. La demande est particulièrement forte dans les métiers de la maintenance, de l’ingénierie, de la prévention des risques ou encore de l’analyse de données. Actuellement, deux tiers des effectifs de la filière nucléaire sont des cadres ou des ETAM (employés, techniciens et agents de maîtrise), une proportion deux fois plus élevée que dans la moyenne de l’industrie française. Selon l’INSEE, une centrale nucléaire en exploitation ferait vivre plus de 5 000 personnes. La construction d’un EPR en Europe génèrerait, quant à elle, près de 3 750 emplois par an en France, d’après une étude de PwC. Tous ces emplois sont répartis à travers l’ensemble des régions. Et contrairement aux idées reçues, le secteur se féminise significativement : 40 % des recrues d’Orano (ex-Areva) en 2017 étaient ainsi des femmes…

À l’image du géant du traitement et du recyclage nucléaire, EDF met aussi l’accent sur les compétences et la complémentarité de ses collaborateurs. « Concevoir des réacteurs nucléaires nouvelle génération, en piloter la construction, produire au quotidien en toute sûreté, assurer la maintenance de nos sites, anticiper pour répondre à la demande en électricité de demain… Nos missions préparent un avenir électrique responsable. » précise Christophe Carval, Directeur Exécutif en charge de la Direction des Ressources Humaines chez EDF.

Afin de conserver le savoir-faire français et d’anticiper le renouvellement de la génération de baby-boomers, le leader mondial attache une grande importance à la formation de ses nouveaux agents ainsi que de ses sous-traitants. Chaque personne amenée à intervenir dans une centrale nucléaire doit ainsi suivre 12 à 24 mois de formation avant d’être habilitée. Par rapport aux employés d’autres secteurs industriels, les salariés d’EDF bénéficient en moyenne de deux fois plus de formations, affirme le groupe. En 2018, cela a représenté près de 3 millions d’heures, soit un investissement équivalent à plus de 12 % de la masse salariale de la division production nucléaire (80 heures par salarié et par an). L’énergéticien mise aussi beaucoup sur l’apprentissage (1 200 nouveaux contrats signés chaque année), qui débouche sur 36 % des embauches au sein du groupe, mais aussi sur le compagnonnage, garant de la transmission des compétences et du partage d’expérience. L’entreprise est également très avancée dans sa démarche de digitalisation afin de construire l’industrie nucléaire de demain. Outre les smartphones et les tablettes, les outils de scan 3D, de réalité augmentée, de data science ou encore les jumeaux numériques ont progressivement été intégrés au quotidien. La startup Métroscope, née dans l’esprit d’ingénieurs de la division R&D, illustre parfaitement ce virage numérique. Le logiciel d’optimisation de la production électrique des centrales est aujourd’hui devenu une filière à part entière d’EDF. Cette large place accordée à l’innovation et aux nouvelles technologies est visiblement propre à l’ensemble d’une filière qui a su faire évoluer ses méthodes pour rester compétitive.

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