Crédit Mutuel-Arkéa : les dessous d’un conflit

Le vent d’indépendance qui souffle actuellement sur le Crédit Mutuel Arkéa a créé la confusion dans l’opinion publique. A tel point que les deux protagonistes ont tenu chacun à s’expliquer par vidéos interposées sur ce conflit. Hier, la Confédération Nationale du Crédit Mutuel a durci le ton à l’égard de sa filiale Arkea.

3,5 milliards d’euros. C’est le prix que réclamerait le Crédit Mutuel à sa filiale Arkea. En effet, en souhaitant prendre son « indépendance » à l’égard de la banque mutualiste, des conséquences juridiques et financières se posent de manière inédite. La Confédération nationale du Crédit Mutuel a donc évalué que la désaffiliation de la filiale lui couterait cette somme astronomique. Et pour cause, les bénéfices mis en réserve par Arkéa ont été générés par le système mutualiste de la Confédération.

Entre le Crédit Mutuel et sa filiale Arkéa, la guerre est déclarée depuis l’annonce brutale de Jean-Pierre Denis, président du Crédit Mutuel Arkéa, de vouloir détacher les fédérations de Bretagne et du Sud-Ouest de la confédération nationale pour en faire des banques régionales indépendantes. Mais cette soif d’autonomie, justifiée par l’affirmation non-vérifiée que la maison-mère voudrait « centraliser toutes les fédérations en un groupe unique à Paris »,n’est pas sans risques pour les sociétaires, clients et salariés d’Arkéa. Si la jeune filiale prétend dans une campagne de communication léchée qu’une telle séparation serait salutaire, le conflit passionné qui oppose aujourd’hui les deux entités bancaires prouve que les intérêts divergent sur le sujet.

Les valeurs mutualistes, sources du succès du Crédit Mutuel depuis plus d’un siècle…

 En exprimant son souhait de sortir du réseau mutualiste national du Crédit Mutuel, Arkéa revendique sa volonté de prendre son indépendance par rapport au groupe historique, fondé à la fin du XIXe siècle. Depuis plus de 100 ans, la banque française s’organise en effet en 18 fédérations régionales, qui revendiquent d’agir au plus près des besoins des territoires, tout en bénéficiant de la solidarité nationale permise par le mutualisme. Née en 1958, la confédération nationale du Crédit Mutuel défend aujourd’hui encore ses valeurs de protection et de coopération envers ses sociétaires comme ses clients. D’autant qu’elle a renforcé son maillage national dans les années 90 et 2000 avec l’acquisition du groupe CIC et la création de 2 100 caisses locales offrant des services partagés.Un fonctionnement qui, par nature, se révèle incompatible avec les velléités de Jean-Pierre Denis. En prétendant vouloir négocier ce principe fondateur du mutualisme, le patron d’Arkéa entend tourner le dos et celui de ses 10 000 collaborateurs aux 82 000 salariés et 22 600 bénévoles de la banque préférée des français. Cette seule volonté d’autonomie en vaut-elle seulement la peine ?

Une sécession à hauts risques

À vouloir faire prendre le large aux deux fédérations Bretagne et Sud-ouest, les dirigeants du Crédit Mutuel Arkéa exposent leurs clients comme leurs salariés à des conséquences certes éludées par Jean-Pierre Denis, mais particulièrement incertaines, selon le groupe Crédit Mutuel. Outre la perte de la marque Crédit Mutuel et de l’agrément qui conduirait au changement de code banque, la sécession se traduirait également par l’absence de solidarité nationale en cas de difficultés, mais surtout des risques accrus sur l’emploi, une notation dégradée et des taux d’emprunt plus élevés. La liste ne s’arrête pas là avec la nécessité d’implanter un nouveau réseau Crédit Mutuel en Bretagne et dans le Sud-ouest, ainsi que la disparition certaine des caisses locales en tant que banques de proximité. L’indépendance voulue par Arkéa mérite-elle de naviguer à vue sur ces questions-là ? Ce n’est, de toute évidence, pas l’avis des principaux observateurs financiers tels que l’État et la Banque centrale européenne, préférant la stabilité à la prise de risque. L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), plus connue sous le nom de Gendarme des banques, a ainsi exigé que tout éventuel referendum se fasse sur la base d’une information claire de l’ensemble des conséquences.

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