Auto-écoles : la réforme de trop ?

Auto-écoles

Le secteur des auto-écoles connaît une véritable révolution depuis l’entrée en vigueur de la loi Macron en 2015, et ce n’est pas fini : alors qu’elles sont déjà confrontées à de nouvelles procédures, les écoles de conduite voient poindre une autre réforme, aussi floue qu’inquiétante : celle de la loi Le Maire, prônant la libéralisation totale du secteur. État des lieux.

Ubérisation, dématérialisation, libéralisation… Depuis plusieurs mois, ces qualificatifs collent aux roues des 11 000 auto-écoles recensées en France. À l’instar des transports collectifs, le secteur touchant aux permis de conduire est en pleine mutation. Celle-ci n’est pas terminée et cela ne manque pas de crisper les professionnels du secteur.

« Evolution inéluctable »

En 2015, le gouvernement annonçait une première vague de changements liés aux procédures administratives. Les candidats libres, dont le nombre n’a cessé d’augmenter avec l’arrivée des auto-écoles en ligne, ne sont plus dans l’obligation de se déplacer en préfecture. Deuxième vague, l’an dernier, avec la dématérialisation de l’inscription au permis de conduire, une vraie révolution numérique qui n’a pas été du goût de toutes les écoles de conduite.

Le cas est épineux et divise les syndicats du secteur. Il y a les hommes en colère comme Patrice Bessonne, président du Conseil National des Professions de l’Automobile (CNPA), l’un des deux principaux syndicats du secteur. Dans Les Echos, ce dernier estimait l’an dernier que « la ligne rouge a été franchie (…), car on va généraliser un enseignement à bas coût. »

Mais il y a également des voix plus modérées comme celles de Philippe Colombani, le président de l’Union nationale des indépendants de la conduite (UNIC), qui ne se sont pas opposées à cette « évolution inéluctable ». Selon lui, « la dématérialisation n’est pas l’ubérisation ». Quelques mois après cette réforme, il s’inquiète néanmoins de « l’incapacité de l’ANTS (Agence nationale des titres sécurisés) à garantir la simplicité des procédures qu’elle entendait garantir. Pis, elle en aggrave lourdement la complexité, tant pour les écoles de conduite que pour nos élèves ».

Le point de non-retour ?

Dans cette loi Macron centrée sur la dématérialisation, force est de constater que le numérique n’a pas réglé — loin s’en faut — les problèmes récurrents rencontrés par les professionnels et les élèves, à commencer par la pénurie de places pour le passage à l’examen du permis. Le 5 mars dernier, les auto-écoles de Gironde descendaient dans la rue pour dénoncer les 4 000 dossiers de candidats bloqués en préfecture depuis la fin de l’année 2017. Les situations se répètent et lassent l’ensemble des acteurs qui n’ont de cesse d’expliquer que ce problème n’est pas dû à une augmentation du nombre de candidats.

Est-ce alors la faute des nouveaux acteurs, les auto-écoles en ligne ? Au vu de leurs fortunes diverses, c’est loin d’être sûr. Ce secteur émergent n’est pas encore totalement structuré et il suffit de citer Permigo, placé en redressement judiciaire en janvier 2017 par le tribunal de commerce de Lyon, pour s’en convaincre. Ornikar, l’une des principales auto-écoles en ligne rencontre également son lot de problèmes administratifs et judiciaires.

La vraie grande inquiétude du secteur porte un nom : Le Maire. En ce moment, un projet de loi portant le nom du ministre de l’Économie est en phase de finalisation. Il a pour objectif de poursuivre la loi Macron et d’aller plus loin dans la libéralisation des secteurs réglementés, à commencer par celui des auto-écoles. Si tel est le cas, les écoles de conduite devront alors s’interroger sur leur avenir. Accepteront-elles, sans sourciller, cette révolution qui pourrait amener les moniteurs amateurs à jouir des mêmes droits que ceux qui s’efforcent de former au mieux les futures générations au volant ? Affaire à suivre très prochainement…

 

 

 

1