Arabie saoudite : la révolution copernicienne de Mohammed Ben Salmane

Emploi des jeunes, ouverture du marché du travail aux femmes, baisse des cours du pétrole, révolution énergétique… Le Royaume saoudien est à la croisée des chemins. Et semble avoir les moyens de ses ambitions.

L’Arabie saoudite est à un tournant. Depuis son accession au trône en 2015, Mohammed Ben Salmane a déjà profondément modifié la monarchie. Il a mis fin au modèle monarchique horizontal en écartant les princes seniors les plus conservateurs. C’est surtout à travers son plan « Vision 2030 » que le jeune prince (32 ans) veut réformer le pays. Mais son programme économique, qu’il martèle, peut-il répondre aux nombreux défis du Royaume, notamment l’après-pétrole et l’emploi des jeunes (30 % des 15-24 ans sont au chômage) ?

 

Saudi Aramco en route pour la bourse

Le prince héritier a en tout cas pris des mesures pour marquer les esprits. La plus notable est certainement l’introduction en Bourse du géant pétrolier Saudi Aramco. Le Royaume a récemment modifié les statuts du groupe public en vue de l’IPO qui porterait sur 5 % du capital et le valoriserait à 2.000 milliards de dollars. Une manne qui permettrait de constituer un fonds souverain afin d’investir dans de nouveaux secteurs, notamment les énergies vertes. Le ministre en charge du dossier a déjà annoncé que 10 % de l’électricité du royaume serait produite par des sources renouvelables en 2023. Un appel d’offres portant sur une centrale solaire a été lancé et, en tout, l’Arabie saoudite devrait investir entre 30 et 50 milliards de dollars dans les énergies propres.

 

Quitter sa dépendance au pétrole ne semble pas si simple pour autant. Certes la baisse des cours du pétrole, entraînant une hausse du déficit budgétaire, oblige à réfléchir à des alternatives. D’autant que le Royaume doit faire face à un chômage important de sa jeunesse. Laquelle, quand elle a un emploi, travaille dans l’administration. A l’inverse, le secteur privé est quasiment inexistant et les postes sont essentiellement occupés par des étrangers. Mais la population locale est-elle vraiment prête à travailler pour des entreprises qui paieront moins que dans le public ? En tout cas, le « secteur privé est celui qui a la plus grande capacité à se développer, même s’il est lui-même extrêmement dépendant de la commande publique », explique aux Echos Laurence Louër, spécialiste des politiques sociales et de l’emploi dans les monarchies du Golfe à Sciences Po Paris.

 

Woman power?
Pour le développer, MBS mise également – et c’est sa force – sur les femmes.

Fin 2017, le roi signait un décret les autorisant à conduire, et début janvier s’ouvrait un salon de l’automobile qui leur était réservé. Une façon pour le prince d’assurer sa popularité auprès des jeunes et de faire évoluer les mentalités. Mais surtout de porter l’économie du pays. Aujourd’hui, les femmes ne sont que 18 % à travailler contre 65 % des hommes. Il est permis d’imaginer que se développe le secteur privé en répondant alors aux besoins des femmes. Une offre de transport type Uber pourrait par exemple voir le jour. Ces sociétés recruteraient des conductrices pour véhiculer d’autres femmes. Pour se déplacer, les femmes achèteront de nouvelles voitures, il faudra développer de nouveaux garages, de nouveaux services d’entretien, etc.

Libérale, la « Vision » de MBS a heurté les plus conservateurs du Royaume. Le prince devra réussir son pari en matière d’emploi et de révolution énergétique pour se maintenir à la tête du pays. Et également s’assurer de la confiance des marchés. Il y a cinq jours, Riyad demandait un refinancement d’un prêt de dix milliards contracté en début d’année 2016. “Nous attendons une conclusion satisfaisante de ce processus dans les mois à venir” a conclu, serein, Fahad al-Saif, un officiel saoudien en charge de la gestion de la dette du pays.

 

Juliette Baron

Juliette Baron est spécialisée dans les opérations de M&A avec une expérience de plus de sept ans. Après un passage dans une grande banque, elle est désormais consultante dans le conseil pour la zone MENA.

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