Glyphosate : trop coûteux, les substituts naturels inquiètent

La France a annoncé que ses agriculteurs devraient totalement se passer d’ici trois ans du glyphosate, un désherbant commercialisé notamment par le groupe Monsanto à travers son produit phare : le Roundup. Pourtant, la solution « naturelle » retenue, de l’acide pélargonique à épandre dans les champs, ne serait pas sans conséquence sur la santé, sans parler de son surcoût pour la filière. 

Glyphosate, un jeu de dupes ? Face aux inquiétudes des consommateurs et à l’ambition de la France de « verdir » son agriculture, le gouvernement a récemment annoncé vouloir interdire l’usage d’herbicide à base de glyphosate dans les trois années à venir. Dans le même temps, l’Europe a renouvelé l’autorisation de cette substance pour cinq ans. Une décision jugée « scandaleuse » par Corine Lepage, tandis que José Bové a parlé d’une « victoire du business sur la science ». Pourtant, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) avait annoncé en mars 2017 que le glyphosate n’était pas cancérogène, tout comme l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Cette décision, d’abord décriée, a également été renforcée par les conclusions d’une étude américaine, l’Agricultural Health Study, une étude prospective sur 54 000 agriculteurs, sur une période de 25 ans. Cette étude, qui de l’avis de tous est au-dessus de tous soupçons, a définitivement écarté le risque de cancer lié au glyphosate. De fait, ces conclusions interrogent le choix de la France et d’autres gouvernements européens de vouloir obliger les agriculteurs à utiliser l’acide pélargonique, un nouveau produit “naturel” qui ne fait pourtant pas l’unanimité.

L’acide pélargonique, moins efficace et dangereux?

Présente dans certaines plantes comme le géranium, cette molécule « naturelle » semble parée de toutes les vertus. Les autorités européennes, qui ont approuvé son utilisation, demandent pourtant qu’une mention indique qu’elle peut provoquer des affections cutanées. Une section d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) s’interroge également sur l’utilisation de l’acide pélargonique. Dans un texte publié sur son site, ses membres évoquent, par exemple, une « dangerosité vis-à-vis des écosystèmes aquatiques plus importante que celle du glyphosate ». Et d’enfoncer le clou en remettant en cause l’efficacité de ce nouveau produit qui « brûle les feuilles mais ne détruit pas la racine ». Autre argument en défaveur de l’acide pélargonique : son coût. Quand avec du glyphosate, il est possible de traiter jusqu’à 1 400 m2 d’herbes difficiles avec 7 ml/10 m2, l’acide pélargonique permettrait d’en désherber seulement 70m2 avec des quantités similaires selon le blog spécialisé Seppi, fervent défenseur de la molécule. En définitive, à dose égale, l’acide pélargonique serait donc 20 fois moins efficace que le glyphosate… pour un prix au litre équivalent au glyphosate (19€ environ au supermarché).

Est-ce alors une affaire de gros sous ? C’est ce que suggère le magazine américain Politico. Selon ses informations, la France, la Belgique et l’Italie collaborent depuis 2015 pour commercialiser l’acide pélargonique avec pour ambition de « détrôner le géant agrochimique du Missouri », le groupe Monsanto…

L’INRA doute, la FNSEA condamne

En parallèle, l’Institut national de recherche agronomique (INRA) a émis des réserves quant à la décision du gouvernement français. Interrogé sur les alternatives au glyphosate, son président a jugé qu’il n’existe pas de « solution miracle » et que son interdiction obligerait à revoir tout le système agricole français. La FNSEA juge également le choix de la France « complètement irresponsable » en créant un biais de concurrence avec les pays européens qui continuent à autoriser l’usage du glyphosate.

Même au sein du gouvernement, ce choix divise. Quand le premier ministre Edouard Philippe confie qu’il ne veut pas que la France sorte unilatéralement du glyphosate, il est contredit sur Twitter par Emmanuel Macron. Un sujet sur lequel le ministre de l’agriculture, Stéphane Travert, s’oppose au ministre de l’environnement, Nicolas Hulot. Quand l’un temporise l’arrêt de l’herbicide, le second boycotte la conclusion des Etats généraux de l’alimentation estimant que « le compte n’y est pas » en matière de transition écologique de l’agriculture. L’ancien ministre de l’agriculture, Stéphane le Foll, a critiqué l’interdiction du glyphosate. Selon lui, il est impossible de s’en passer d’ici trois ans, d’autant plus si « c’est pour avoir une molécule chimique (…) peut-être pire ».

 

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