Le métro d’Abidjan débloqué grâce au soutien de la France

En écartant deux sociétés coréennes au profit de deux françaises, le gouvernement ivoirien a relancé le projet de métro à Abidjan. Les travaux de construction devront commencer avant la fin du mois.

Emmanuel et Brigitte Macron auront l’occasion d’assister à la cérémonie de lancement des travaux de construction du métro de la capitale économique ivoirienne. Depuis plusieurs années, la France mise sur le nouveau champion économique d’Afrique de l’Ouest, et multiplie ses investissements sur place.

Avec un taux de croissance annuel moyen de 9,2 % entre 2011 et 2015, la Côte d’Ivoire est désormais une puissance économique incontestable dans la région, qui connaît par ailleurs la plus forte croissance du continent.

Après un bond de 7,5 % en 2016, le PIB ivoirien devrait enregistrer une progression de 6,9 % en 2017 et 7,2 % en 2018. De quoi nourrir les espoirs des Ivoiriens et de leur gouvernement, qui souhaite accéder au rang d’économie émergente en 2020.

Consciente de cet immense potentiel, la France a décidé de renforcer la coopération avec la Côte d’Ivoire. Elle a accordé une aide de 2,1 milliards d’euros (environ 1 394 milliards de F CFA) portant sur la période 2017-2020.

Amadou Gon Coulibaly, chef du gouvernement ivoirien, a estimé que cet apport financier permettra au pays de prendre en charge des actions clés prévues dans « certains secteurs prioritaires inscrits au Plan national de développement 2016-2020 », rapporte La Tribune. L’aide financière sera principalement destinée aux secteurs de l’énergie (120 millions d’euros), des routes (120 millions d’euros), de la santé (150 millions d’euros), de l’éducation (150 millions d’euros), de l’environnement (110 millions d’euros) et de la défense (30 millions d’euros).

Deux sociétés coréennes écartées

Une partie importante du fonds d’investissement sera toutefois destinée au projet de métro d’Abidjan. En effet, 1,4 milliard d’euros (918,34 milliards de F CFA) seront consacrés à la construction de la première ligne du métro. « Nous avons fait le point de la réalisation du projet de métro et nous espérons pouvoir lancer les travaux fin novembre prochain, à l’occasion de la visite du président Macron en Côte d’Ivoire », a déclaré Alassane Ouattara en septembre, après sa visite officielle à Paris.

Longue de 37,9 km, la ligne 1 du métro permettra le transport d’environ 300 000 personnes par jour. Selon le ministre des Transports, Gaoussou Toure, elle vise à « résoudre les problèmes des embouteillages à Abidjan, qui engendrent des pertes importantes pour l’économie ivoirienne ».

Le contrat de construction a été accordé à la Société de transports abidjanais sur rail (STAR), dont les coréennes Hyundai Rotem et Dogsan Engineering ont récemment été écartées. Le 25 octobre dernier, le gouvernement ivoirien a en effet entériné la décision de rachat des parts détenues par les deux sociétés dans le capital de STAR. Cette décision porte la participation de l’État ivoirien à 42 %, faisant de lui l’actionnaire majoritaire au côté des français Bouygues (33 %) et Keolis, filiale de la SNCF (25 %).

La Chine n’est pas loin

Pour le gouvernement ivoirien, les sociétés sud-coréennes n’étaient « plus en mesure de remplir leur part du contrat ». Le contrat de concession pour la conception, le financement, la réalisation et l’exploitation de la ligne 1 du métro avait été attribué aux sociétés coréennes, associées aux françaises Bouygues et Keolis, en 2015. Mais deux ans plus tard, la convention n’avait pas été mise en œuvre « en raison de difficultés portant sur la définition du projet et ses modalités de financement », selon le gouvernement ivoirien.

L’exclusion des entreprises coréennes constitue-t-elle un « renvoi d’ascenseur » suite au soutien financier de la France ? La question a été soulevée. Ce qui est sûr, c’est que la France semble enfin décidée à contrer l’influence asiatique dans le pays. En mai, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Hi, a annoncé que son pays projetait d’investir plus de 2 000 milliards de F CFA en Côte d’Ivoire dans dix projets, dont la rénovation du port d’Abidjan et la construction d’une cité universitaire.

La stratégie française d’investissements en Afrique de l’Ouest est donc soumise à une féroce concurrence, mais la langue commune et l’historicité des relations avec la France peuvent permettre à notre pays de tirer son épingle du jeu. À condition toutefois de miser sur les bons partenaires et les projets les plus judicieux : Paris n’a pas les capacités financières de Pékin. L’État français doit donc soutenir nos entreprises dans les secteurs et les chantiers les plus prometteurs.

Joseph Sylla

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