Permis de conduire : bientôt la fin du monopole des auto-écoles traditionnelles ?

Délais trop longs, procédures trop complexes, coûts trop élevés… Malgré les réformes engagées par le gouvernement, le permis de conduire reste difficile à obtenir enFrance. Les auto-écoles traditionnelles, particulièrement soucieuses de conserver leur position de monopole, n’y sont pas pour rien.

auto-écoles

 

Les auto-écoles traditionnelles sont-elles en train de causer leur perte ? Il semblerait que oui : selon les résultats d’une étude réalisée en juin dernier par l’institut OpinionWay pour l’enseigne de centres auto Point S, le permis de conduire est de plus en plus délaissé par les jeunes, et ce principalement pour des raisons financières…

En effet, aujourd’hui, seuls 60 % des 18-24 ans possèdent leur permis, contre 65 % en 2013. Il y a quatre ans, pas moins de 75 % des jeunes obtenaient leur permis avant l’âge de 20 ans. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 39 % à l’avoir décroché avant cet âge. Par ailleurs, l’étude révèle que 10 % des 18-24 ans « n’y voient aucun intérêt et n’envisagent pas du tout de se plier aux épreuves du Code et de la conduite ».

Pourquoi une telle désaffection ? D’après l’enquête, le coût trop élevé de l’examen en est la principale raison. Et on comprend pourquoi : en France, il faut débourser en moyenne 1 500 € pour obtenir le fameux papier rose. Et preuve que c’est bien l’aspect financier qui pose problème : plus de la moitié des répondants qui ne se sont jamais inscrits à l’examen (51 %) avouent qu’ils changeraient d’avis s’ils étaient en mesure de se le payer.

Si le coût est la première explication du désintéressement des jeunes pour le permis de conduire, ce n’est pas la seule. De nombreux répondants estiment en effet que l’examen est trop compliqué. Et pour cause, plus d’un million de Français passent le permis de conduire chaque année, mais ils ne sont que la moitié à l’obtenir. Le permis B s’avère ainsi plus difficile que le bac (dont le taux de réussite est de 88 %), pas étonnant que 16 % des jeunes de 18 à 24 ans ne le tentent pas « par peur d’échouer ».

« Véritable question de société »

Problème : cette désaffection a des conséquences négatives sur le quotidien de ces jeunes, mais aussi sur l’économie en général. Comme le regrettait dès 2014 Delphine Granier, analyste au think tank Génération Libre, le problème du permis de conduire est « une véritable question de société, qui handicape de nombreux jeunes (et moins jeunes) dans leur recherche d’emploi, faute de pouvoir indiquer “permis B” sur leur CV ».

Pour l’analyste, les principaux responsables sont les auto-écoles traditionnelles, dont le monopole « rend la clientèle captive ». En effet, les places d’examen sont attribuées aux auto-écoles par la préfecture selon une méthode qui ne favorise pas la concurrence. En effet, c’est l’activité passée de l’auto-école qui détermine le nombre de places d’examen qui lui sera attribué. En bref, une auto-école qui a présenté un grand nombre d’élèves au cours de l’année disposera automatiquement d’un grand nombre de places d’examens l’année suivante. Une méthode qui ne tient donc pas compte de la réalité des besoins des auto-écoles.

En 2016, l’Autorité de la concurrence a pointé du doigt cette méthode, qui entraîne selon elle de nombreux effets pervers, notamment l’entrave à la concurrence et la mise à l’écart des candidats libres ainsi que de ceux ayant échoué plusieurs fois à l’examen pratique.

Dans un avis publié en mars 2016, les sages de la rue de l’Echelle conseillaient ainsi au gouvernement de permettre aux candidats à l’examen pratique du permis de conduire de s’inscrire directement en ligne pour demander une date de passage après la validation de vingt heures de conduite obligatoires par l’auto-école.

Les places seraient alors attribuées en fonction de la date de dépôt de la demande et, pour éviter les désistements de dernière minute, le passage de l’épreuve pourrait redevenir payant avec la possibilité d’un remboursement partiel ou total si le candidat s’est effectivement présenté à l’épreuve.

L’avis de l’Autorité de la concurrence est intervenu quelques mois après l’adoption de la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques, dite loi Macron. Celle-ci avait pour objectif de faciliter l’obtention du permis de conduire grâce à des mesures telles que la réduction du délai d’attente entre deux présentations à l’examen et la possibilité pour l’auto-école de conclure des contrats à distance et réaliser des évaluations préalables.

Les syndicats d’auto-écoles traditionnelles, un lobby puissant

Mais si, dans son avis, l’Autorité de la concurrence se félicitait de cette initiative, elle déplorait néanmoins que les candidats soient toujours soumis à des délais trop longs pour pouvoir se présenter à l’examen, ce qui se traduit inéluctablement par le renchérissement du coût global du permis.

D’où la proposition, certes audacieuse, de court-circuiter les auto-écoles traditionnelles en permettant aux candidats de s’inscrire directement en ligne. Pour l’Autorité, en effet, « le fait même de maintenir l’intermédiation des écoles de conduite introduit des biais susceptibles de fausser le jeu de la concurrence ».

Voilà qui fait écho aux propositions de nombreux experts, tels que Delphine Granier. L’analyste estime en effet que seule l’abolition du monopole des auto-écoles peut « répondre aux exigences du consommateur en termes de service, et permettre l’émergence d’entrepreneurs innovants et concurrentiels ».

Deux ans après la loi Macron, force est de constater que les choses évoluent moins vite que prévu. En cause : le puissant lobbying des syndicats d’auto-écoles traditionnelles, qui refusent de voir leur position de monopole mise à mal. Or, étant donné la désaffection croissante des jeunes pour le permis de conduire, cette attitude s’avère dangereuse, y compris pour l’industrie automobile française.

Aujourd’hui installé à l’Elysée, l’ancien ministre de l’Economie réussira-t-il à inverser la tendance ? En tout cas, la balle est désormais dans le camp du gouvernement, et plus particulièrement du ministre de l’Intérieur. Seul ce dernier peut changer la donne, notamment en se référant aux conseils de l’Autorité de la concurrence.

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