Glyphosate : une accusation de conflits d’intérêts… chez certaines ONG ?

Le 15 mars dernier, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a décidé de classer le Glyphosate – l’un des pesticides les plus utilisés au monde – parmi les produits non cancérigènes. Une décision critiquée, notamment par certaines associations écologiques, qui y voient le signe d’un conflit d’intérêts. Pourtant, d’autres agences internationales arrivent, à l’heure actuelle, aux mêmes conclusions que l’ECHA. Mais l’argument du « conflit d’intérêts », soulevé par certaines ONG, masque souvent une autre réalité…

Un calendrier de « révélations » suspect

D’après l’agence européenne précitée, « les preuves scientifiques disponibles ne répondaient pas aux critères pour classer le glyphosate comme cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction ». Ses conclusions doivent être transmises d’ici l’été à la Commission européenne, avant que celle-ci ne reprenne ses discussion avec les États membres concernant l’approbation du glyphosate comme substance active dans les produits phytopharmaceutiques, ainsi que l’écrit la Commission européenne dans un communiqué publié à la mi mars 2017.

Plusieurs associations ont réagi à ces révélations, comme Générations Futures, en lutte contre les pesticides. Sa coordinatrice, Nadine Lauverjat, a regretté « des signaux très négatifs de la Commission européenne, qui passe par-dessus le principe de précaution ».

Cependant, l’avis délivré par l’Echa n’est pas isolé, loin s’en faut. Nombre d’études indépendantes (l’Autorité européenne de sécurité des aliments, la Food and Drug Administration américaine, etc.) – jamais citées par les ONG anti-pesticides – classent le glyphosate comme une substance probablement non cancérigène.

Un lobbying peut en cacher un autre

En ne citant que les études qui vont dans le sens du message que souhaitent faire passer les ONG ou associations écologiques, celles-ci pratiquent aussi une forme de « lobbying ». C’est ce qu’explique la journaliste Stéphane Horel, qui a étudié en particulier l’impact du lobbying et des conflits d’intérêts sur les décisions publiques : « On parle (…) aussi de lobbies pour les organisations non gouvernementales. De fait, leur travail consiste également à défendre un point de vue auprès des décideurs dans le but d’influer la décision publique ». C’est le cas du Professeur Christopher Portier.

Dans une lettre du 27 novembre 2015, adressée au Commissaire européen à la Santé, M. Vytenis Andriukaitis, il demandait à la Commission de « ne pas tenir compte des conclusions viciées de l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) sur le glyphosate dans (sa) formulation de la politique sanitaire et environnementale ». Une requête pour le moins suspecte et qui fait peser sur lui un soupçon de conflit d’intérêts. Sélectionné en janvier 2015 par le CIRC pour évaluer la cancérogénicité de plusieurs pesticides, dont le glyphosate, Mr Portier a également une activité dans une ONG environnementaliste américaine, l’Environmental Defense Fund, qui s’oppose entre autres… aux pesticides.

Le journaliste Gil Rivière-Wekstein, directeur de la rédaction de la lettre d’information Agriculture & Environnement, pointe là une forme de lobbying, et s’interroge : en agissant de la sorte, Christopher Portier « ne sert-il pas davantage une industrie croissante au chiffre d’affaires qui se compte désormais en milliards de dollars : l’industrie du bio ? ». Et d’ajouter : « La question des conflits d’intérêts est devenue l’un des arguments majeurs brandis par les ONG. La moindre liaison entre une entreprise et un expert rend ce dernier suspect aux yeux des citoyens, désormais convaincus que la vie publique n’est qu’un jeu de théâtre, cachant une réalité faite de manœuvres et d’intrigue. Le lobbying se trouve bien entendu au cœur de ces jeux d’influences. Les entreprises y ont recours. Tout comme les ONG, qui ne s’en cachent pas. »

En outre, le CIRC n’est pas non plus exempt de tout reproche : quand il conclut au caractère cancérigène possible du café, de la viande ou encore… des téléphones portables, son avis a été systématiquement démenti. Au point que le Congrès américain, par le biais du National Institutes of Health, a critiqué un « historique de controverses, de rétractations et d’incohérences ». Un avis partagé par d’autres spécialistes, comme Bruce M. Chassy. Ce chercheur émérite en nutrition à l’Université de l’Illinois s’exprimait à l’automne 2016 dans le prestigieux magasine en ligne américain « The Hill ». Il y qualifiait le CIRC d’agence « voyou ».

Dernièrement, le 24 mars 2017, Lamar Smith, le président du comité sur la Science, l’Espace et la Technologie de la Chambre des représentants, a adressé une lettre au ministre de la santé américain, Tom Price, pour lui demander des informations sur les millions de dollars qui financent l’Institut Ramazzini, en Italie, un « centre à but non lucratif inconnu mais controversé » selon National Review. D’après le magazine américain, « les fonds ont été décernés par l’Institut national des sciences en santé environnementale (NIEHS), dirigé par Linda Birnbaum ; elle est aussi, coïncidence, chercheur à l’Institut Ramazzini ». Or cet Institut et le CIRC entretiennent des relations étroites ; le groupe de travail du CIRC, qui a placé le glyphosate dans la catégorie des produits cancérigène probable, incluait cinq chercheurs de l’Institut Ramazzini. Les craintes de Lamar Smith : « que les contrats attribués à l’Institut Ramazzini et à ses filiales ne respectent pas les normes d’intégrité scientifique adéquates. »

L’Institut Ramazzini, dans un communiqué envoyé le 11 avril 2017 à Reuters, a déclaré que ses procédures « respectent les normes scientifiques internationales les plus strictes ». Et de de pointer du doigt « l’erreur » que représente le fait de le confondre avec le Collegium Ramazzini, une académie internationale composée de plus de 180 experts dans le domaine de la médecine professionnelle et environnementale de 32 pays. Dans ce cas, pourquoi l’Institut indique-t-il, sur son site internet, un lien qui renvoie l’internaute directement vers le Collegium Ramazzini, pour la fourniture de dons ? De même, pourquoi six des sept membres du comité scientifique de l’Institut Ramazzini (Phil Landrigan, Kristinia Thayer, Pietro Comba, Melissa McDiarmid, Ellen Silbergeld, et Lennart Hardell) sont-ils également chercheurs… au Collegium Ramazzini ? Enfin, comment ne pas être surpris de constater que l’institut Ramazzini et le Collegium Ramzzini partagent… la même adresse ! À savoir le château de Bentivoglio, au nord est de Bologne.

Sur cette question comme sur d’autres, la crédibilité de certaines agences internationales ou associations, en tant qu’acteurs neutres et indépendants, est remise en question…

 

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