Redémarrage des réacteurs nucléaires : quand la réalité dépasse la fission

 

Malgré le feu vert de l’ASN début décembre, EDF ne cesse de reporter le redémarrage des réacteurs nucléaires à l’arrêt. Rien de plus normal, cependant, au vu de la procédure, qui nécessite plusieurs contrôles de sécurité et l’intervention de dizaines de personnes.

Pour EDF, 2017 débute de la même manière que s’est achevée 2016. A savoir : par une actualité quasi exclusivement tournée vers le redémarrage des réacteurs nucléaires, et vivement commentée, à droite comme à gauche. Alors que début décembre 2016, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) donnait son feu vert au redémarrage des sept unités arrêtées – ceci à des fins de vérifications de certains composants de la cuve des réacteurs –, le groupe tricolore annonçait, mardi 20 décembre, la remise en service d’une première unité, qui devait être raccordée au réseau avant 2017.

Concernant « Tricastin 4 », en effet, le groupe avait fait le choix de « lisser le planning prévu pour assurer un redémarrage dans les meilleures conditions », d’après Dominique Minière, directeur exécutif chargé du parc nucléaire et thermique d’EDF. Un lissage finalement un peu plus long que prévu puisque le redémarrage du réacteur situé dans la Drôme n’interviendra que courant janvier, tout comme celui de « Bugey 4 » et de « Civaux 2 ». L’origine de ces retards ? Des précautions du groupe tricolore et de l’ASN ; EDF a par exemple choisi de reporter le redémarrage de « Tricastin 4 » pour le réaliser « dans les meilleures conditions ». Parfois, la réalité doit rattraper la fiction.

Rechargement du combustible

Bien que le feu vert du gendarme du nucléaire ait été donné il y a maintenant plus d’un mois, la remise en service des installations visées ne saurait être immédiate. Complexes mais également soumis à de lourdes – mais nécessaires – procédures de sécurité, les redémarrages de réacteurs peuvent mobiliser jusqu’à 200 personnes sur une durée moyenne de deux à trois semaines. Parmi elles, plusieurs corps de métiers : les opérateurs de conduite, qui pilotent le fonctionnement de la centrale, les automaticiens, chargés de procéder aux réglages des matériels, les essayeurs-testeurs, les chimistes et les personnels affectés au combustible. Et dans cette véritable « usine à gaz » – bien que le nucléaire soit une énergie très bas carbone –, impossible pour toutes les équipes de s’affairer en même temps. Le redémarrage d’un réacteur doit se faire par étapes successives et selon un ordre bien précis.

La première d’entre elles : le rechargement du combustible. De la même manière qu’une « centrale à flamme » ne peut produire d’électricité sans brûler de combustible fossile – le gaz ou le charbon par exemple –, une centrale nucléaire ne peut fonctionner sans matière dite « fissile » – uranium ou plutonium. Comme le note le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), « le combustible peut prendre différentes formes : pastilles, boulets, particules. Ces éléments peuvent être rassemblés en crayons, aiguilles ou en plaques, eux-mêmes réunis en assemblages ». Le combustible, une fois la réaction en chaine produite – soit la répétition de fissions nucléaires –, produit de la chaleur qui permet, soit directement, soit au travers d’un « générateur de vapeur », de transformer de l’eau en vapeur, qui elle-même entraine une turbine produisant de l’électricité. Tous les ans, EDF change environ un tiers du combustible usé, en retirant les « assemblages » de la cuve du réacteur.

« L’ASN est systématiquement prévenue »

Une fois le combustible chargé, la cuve du réacteur est fermée et les différents circuits montent à la fois en pression et, donc, en température. La phase dite de « divergence » – ou le point de départ de la réaction en chaine de fissions nucléaires – ne peut intervenir qu’une fois les valeurs cibles de pression et température atteintes. Selon EDF, tandis que le réacteur fonctionne à très faible puissance durant cette phase, une dizaine de composants essentiels pour la protection du réacteur sont testés. Et ceci, qu’ils se trouvent à l’intérieur du circuit primaire – qui permet la transition des calories du combustible vers les générateurs de vapeurs – ou secondaire – qui produit la chaleur et, donc, l’électricité. « Le passage du circuit primaire à 110°C étant considéré comme une étape importante, l’ASN en est systématiquement prévenue » renseigne l’électricien.

La puissance du réacteur est ensuite progressivement augmentée jusqu’à atteindre une valeur maximale – on parle de « paliers » de puissance, équivalant à 50 %, 80 % et 100 %, lors desquels des contrôles sont également effectués. Et, tandis que l’ensemble du processus peut prendre jusqu’à trois semaines, la durée de redémarrage dépend en réalité du type d’arrêt et de la nature des opérations de maintenance effectuées. En l’espèce, il s’agissait de vérifier que la teneur en carbone des générateurs de vapeur – élément primordial d’une centrale nucléaire puisqu’il transmet la chaleur nécessaire à la production d’électricité – n’était pas trop élevée.

Non, a donc répondu l’ASN.

 

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