Airbnb lève 100 millions de dollars et pose de nouvelles questions

Airbnb vient de réussir un nouveau tour de force en levant 100 millions de dollars. Valorisée à plus de 25 milliards de dollars (23,2 milliards d’euros), la start-up californienne n’en finit plus d’envahir le marché, et d’attirer les critiques. Absence de fiscalité, manque de sécurité, aggravation de la crise du logement… Sous la façade collaborative et solidaire, la plate-forme de location entre particuliers révèle un visage bien moins sympathique.

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Nouvelle levée de fonds pour faire face au rachat de HomeAway

Airbnb vient de récolter 100 millions de dollars lors d’une nouvelle levée de fonds, ce qui établit ses prévisions de chiffre d’affaires pour l’année 2015 à 900 millions de dollars contre un peu moins de 500 millions de dollars l’an passé et environ 210 millions en 2013. Depuis son lancement en janvier 2009, la société a collecté 2,39 milliards de dollars en huit levées.

La dernière en date pourrait être une première réaction à l’annonce du rachat de HomeAway, un concurrent direct, par Expedia. HomeAway, autre plate-forme communautaire de location et de réservation de logements entre particuliers, loin d’atteindre le mastodonte qu’est Airbnb, n’en reste pas moins valorisée à trois milliards de dollars en bourse, grâce à son potentiel de croissance. Les marchés ont d’ailleurs très bien accueilli la nouvelle de son rachat, puisque l’action du site a bondi de 21,7 % à Wall Street, et celle d’Expedia de 2,5 %.

Airbnb reste pourtant leader incontesté, notamment en France, avec 200  000 logements dont 60  000 pour la seule capitale. Grâce à son marketing agressif et à l’image « locale » sur laquelle il surfe, le phénomène Airbnb attire toujours plus de touristes et devrait permettre de réaliser le souhait de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, de faire passer le nombre actuel de touristes, 85 millions, à 100 millions à l’horizon 2020. Mais derrière son côté cool et « bankable », Airbnb fait grincer de plus en plus de dents, à commencer par celles des hôteliers. Les pouvoirs publics commencent eux aussi à redouter la propagation de cette « économie grise ».

Aligner le régime des locations occasionnelles sur celui de l’hôtellerie traditionnelle

Les syndicats de l’hôtellerie font pression pour affermir le régime juridique qui entoure la location occasionnelle et les contraintes qui pèsent sur les plate-formes communautaires, qui ne s’adonnent selon eux à rien d’autre qu’à une « location au noir structurée ». « Nous sommes prêts à la concurrence mais à armes égales » explique Didier Chenet, président du syndicat hôtelier Synhorcat.

La différence de fiscalité est évidemment au cœur de leur préoccupation. Depuis octobre, le site est tenu de prélever, dans la capitale, une taxe de séjour de 0,83 euros par nuit et par personne, qu’il se charge ensuite de reverser à la Mairie de Paris. Les acteurs de l’hôtellerie souhaitent en outre que les particuliers qui louent leur logement soient tenus de déclarer leurs activités – fondamentalement commerciales –, même pour les locations de courte durée, et soient soumis à des procédures d’enregistrement et de permis.

« Les autorités locales doivent demander à tous les hôtes qui souhaitent faire de la location de courte durée de s’enregistrer puis d’obtenir une licence dont le numéro doit être rendu public, où le lieu loué est inscrit ». Une aubaine pour les pouvoirs publics qui pourraient ainsi connaître précisément les sommes perçues, celles-ci échappant encore à l’impôt. L’exemple de la Suède montre bien qu’un encadrement est possible : tous les revenus provenant de la location doivent être déclarés mais ils bénéficient d’une exonération d’impôts jusqu’à 4 500 euros.

Pour l’Umih, la question de la sécurité est également centrale pour « protéger le consommateur ». Or pour l’heure, les loueurs occasionnels ne sont soumis à aucune contrainte en termes de sécurité du logement. « Les exigences de base de sécurité pour les locations de courte durée doivent être respectées » estiment les syndicats. Un registre de sécurité incendie assorti d’un plan d’évacuation d’urgence indiquant les sorties de secours pourrait par exemple être imposé.

Dans sa ville d’origine, c’est sur un autre sujet que la start-up a été attaquée : l’entreprise concurrencerait la location longue durée et aggraverait la crise du logement. La « Proposition F », sorte de référendum d’initiative populaire, a été lancée pour limiter à 75 le nombre de nuits de location par personne et par an. Airbnb a investi pas moins de huit millions de dollars en publicité et en lobbying dans une campagne contre cette proposition, « No on F ». Une stratégie mitigée alors que le « non » ne l’a emporté que de quelques voix.

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