Elisabeth Borne, prête à relever le défi de la RATP ?

La RATP s’est trouvé un nouveau chef. Après le départ quelque peu surprenant de Pierre Mongin, la Régie Autonome des Transports Parisiens (RATP) sera prochainement dirigée par Elisabeth Borne, ancienne directrice de cabinet de Ségolène Royal au ministère de l’Ecologie. Face à elle se présente les nombreux défis auxquels devra faire face l’entreprise publique dans les années à venir. Mais sera-t-elle capable de les relever ?

Paris:Segolene Royal during a press conference

Un an après avoir renouvelé son contrat à la tête de la RATP, Pierre Mongin a décidé, un peu à la surprise générale, de rejoindre la direction de GDF Suez, nouvellement Engie. Sa succession s’est donc organisée, pour finalement se porter sur le choix d’Elisabeth Borne. Nommée au Conseil d’administration début avril, première étape vers une nomination, elle va devoir faire face à deux défis majeurs : assurer sur les futures échéances de la société et réussir à enfiler le costume de PDG de la RATP après Pierre Mongin.

C’est une entreprise saine économiquement que laisse Pierre Mongin à son départ. Les chiffres sont au vert et notamment le chiffre d’affaire, toujours plus haut, qui culminait à 5.3 milliards d’euros en 2014, contre 3.5 milliards d’euros lors de son arrivée en 2006. Idem au niveau international, par le biais de la filiale RATP Dev, avec un chiffre d’affaires qui est passé de 150 millions d’euros en 2008 à près de 900 millions d’euros en 2014.

Un héritage lourd à perpétuer

Sur le plan social, Elisabeth Borne devra essayer de maintenir les bonnes relations qu’entretenait l’ancien PDG avec les syndicats. Basée sur un dialogue constant entre les différents protagonistes, la méthode avait permis de faire chuter les taux de conflictualité drastiquement. Avec ce départ, il pourrait y avoir une remontée de volonté syndicale, dont celle de l’augmentation des salaires, surtout après les annonces des bons chiffres.

En parallèle, plusieurs dossiers attendent la future dirigeante et notamment le contrat avec le Syndicat des transports d’Ile-de-France (STIF) qui expire à la fin de l’année. Document primordial pour l’entreprise publique, il détermine le montant des investissements accordés par la Région pour le renouvellement du matériel roulant, mais aussi la construction de nouvelles lignes, actuellement de tramways. Pour obtenir ces crédits, la RATP et sa direction vont devoir donner des garanties, notamment sur la ponctualité. Sera donc scrutée, sa capacité à améliorer celle du RER A, ligne la plus utilisée d’Europe et partagée avec la SNCF, qui reste à 84,4 % de ponctualité, soit dix points inférieurs à l’objectif annoncé.

L’autre grand dossier, au cœur du mandat d’Elisabeth Borne, est celui du Grand Paris Express et l’ouverture à la concurrence de l’exploitation des lignes de métros nouvellement construites. Un échec lors des négociations serait automatiquement synonyme de mauvais mandat, d’autant que les ouvertures à la concurrence des moyens de transport actuellement gérés par la RATP n’interviendront pas avant 2024, pour la gestion des bus, 2029 pour les tramways et 2039 pour les lignes de métro. Des délais obtenus par… Pierre Mongin.

Une expérience solide dans les transports

Elisabeth Borne n’est cependant pas une novice en la matière. Diplômée de Polytechnique et des Ponts-et-Chaussées, cette ingénieure s’est déjà frottée au domaine des transports lors de ces précédentes expériences en cabinets ministériels. Présente au côté de Lionel Jospin à Matignon, où elle était chargée des transports, elle a ensuite rejoint la SNCF en tant que directrice stratégique pendant cinq ans.

Surtout, elle peut se targuer de bénéficier de la confiance du Gouvernement, qui voit en elle un symbole, celui de la première femme nommée depuis le début du quinquennat de François Hollande à la tête d’une grande entreprise publique, avec Stéphanie Pallez, présidente de la Française des Jeux (FDJ) depuis novembre 2014.

Mais cela reste son premier poste de dirigeante avec toutes les conséquences que cela induit. Il va donc falloir apprendre vite, très vite, le Conseil d’administration se réunissant entre le 1er et le 10 mai pour proposer le nom du futur PDG, qui sera auditionnée par les parlementaires, pour une nomination en conseil des ministres dans la foulée.

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